CINÉMA

Stéphane Freiss en interview pour son 1er film en tant que réalisateur « Tu choisiras la vie »

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« Tous les personnages dévoilent quelque chose de moi… » Stéphane Freiss

 

 

Depuis 40 ans, Stéphane Freiss alterne entre ses nombreux rôles au théâtre, au cinéma et en télé (on le verra prochainement dans Meurtres à Valbonne et Lame de fond sur France 3) tout en rêvant de prendre la parole en tant qu’auteur et réalisateur. C’est chose faite avec Tu choisiras la vie, un 1er long-métrage d’une puissance et d’une élégance folles, filmé au cœur des Pouilles en plein été, pour évoquer la liberté de choix. À travers deux êtres – campés par Lou de Laâge et Riccardo Scamarcio – égarés cherchant un chemin où pouvoir se perdre afin d’apprendre à mieux se trouver, Stéphane Freiss évoque la difficulté psychologique de s’affranchir de sa propre histoire…

 

 


 

 

Stéphane Freiss pour son 1er film en tant que réalisateur « Tu choisiras la vie »

cinéma / film / comédie dramatique

  • 25 janvier 2023 / en salle

 

 

 

Morgane Las Dit Peisson : Tu présentes ton 1er film en tant que réalisateur… 

Stéphane Freiss : Je suis très excité à l’idée de dévoiler Tu choisiras la vie et j’attends le 25 janvier avec hâte parce que j’ai mis du temps à le réaliser… Comme la plupart des 1ers films, il est chargé de beaucoup de sentiments et d’émotions et c’est quelque chose que je ne renie pas. Au contraire, j’assume tout car au final, j’ai réussi à faire le film que je voulais. Et puis, même si j’ai des craintes ou des doutes, j’ai envie que le public découvre mon travail et me livre ses impressions car, qu’on soit comédien ou réalisateur, on fait ce métier pour que ce qu’on produit parle à celui qui le reçoit. Quoi qu’on écrive ou qu’on joue, on désire interpeller le spectateur pour qu’il se pose à son tour des questions. C’est ça que j’aime par-dessus tout dans le cinéma !

 

 

Un film sur les choix de vie…

Tu choisiras la vie parle de liberté, d’émancipation, du poids de nos traditions, de nos héritages et je m’aperçois que c’est un sujet universel. Le personnage qu’incarne Lou de Laâge arrive à un moment de sa vie où elle ne peut pas faire autrement que de s’arracher à cette famille (malgré tout l’amour qu’elle lui porte) dont les pratiques ultra-orthodoxes l’écrasent. Mais ce n’est qu’un exemple car ce n’est pas un film sur l’engagement religieux. Il nous interroge sur ce qu’on fait de nos vies et nous pousse à nous demander si on n’est pas esclave de choix qu’on n’a pas voulu ou pas osé faire ? Il faut beaucoup de courage, à un moment, pour décider de s’extraire de ce qui nous a « fabriqués » sans même nécessairement savoir où l’on va…

 

 

Je fais citer Camus au personnage d’Elio (incarné par Riccardo Scamarcio) quand il dit qu’être différent, c’est peut-être avoir simplement le courage d’être soi-même alors que c’est ce qu’il y a de plus compliqué ! Ça nous met dans une position d’instabilité très forte mais c’est parce qu’on se fissure et qu’on se fragilise, qu’à mon avis, les grandes choses arrivent…

Devenir réalisateur c’est dévoiler des parties de soi…

Quand je suis acteur, je suis protégé par un rôle, je suis en effet caché derrière lui tandis qu’avec Tu choisiras la vie, je parle intimement à travers tous les personnages que j’ai imaginés… Même les plus « petits » dévoilent quelque chose de moi. Bien sûr, ce n’est pas autobiographique et je n’ai rien vécu de ce que j’ai mis en scène mais au fond, c’est vrai, ce film me raconte…

 

 

Lou de Laâge, qui joue Esther, est une jeune fille de 25 ans qui fait un voyage dans les Pouilles avec sa famille de juifs ultra-orthodoxes à cause d’une tradition biblique… Elle y va tout en sachant qu’elle a perdu la foi et va rencontrer Elio, un agriculteur qui a repris l’exploitation de son père parce que ses frères n’en voulaient pas alors qu’étant artiste, il était voué à un autre destin. Il ne ressemble lui pas du tout, mais comme elle, il est prisonnier de son héritage.

Tout quitter sans aucune certitude…

Il y a un moment où l’on sait que rien ne sera parfait mais où l’on a besoin que tout ressemble à ce qu’on a envie d’être. Partir, contrairement à ce que l’on croit, est loin d’être lâche ! Quand j’ai quitté ma famille à 18 ans parce que tout y était trop compliqué pour moi, ça m’a « coûté » car je ne savais pas où j’allais en me dirigeant vers l’art dramatique mais je sentais que c’était essentiel pour moi de prendre mon envol. 

 

 

C’était courageux certes mais en toute honnêteté, c’était également une fuite en avant pour ne pas avoir à me poser les vraies questions sur mon histoire et sur celle des gens qui m’ont précédé… Ils ont traversé des drames et des cauchemars terribles et quoi que je fasse, je les porte en moi bien que je ne les aie jamais vécus.

 

 

Cette histoire sombre, ces chagrins, ces blessures me construisaient sans que je ne les identifie ou que j’ose les affronter, et Tu choisiras la vie, c’est ça… D’ailleurs, la découverte de l’épigénétique est extraordinaire car elle explique pourquoi, par exemple, une génération qui n’a pas connu la Shoah peut avoir des « séquelles » des traumatismes subis par sa famille…

Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson à l’Hôtel Splendid pendant les Rencontres Cinématographiques de Cannes pour Le Mensuel / Photos DR / Article paru dans Le Mensuel n°438 de janvier 2023

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