COUPS DE COEUR

Sheila en interview pour sa « Tournée anniversaire » qui passera par La Palestre au Cannet et Le Silo à Marseille

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« 60 ans de vie commune… C’est dingue et merveilleux ! » Sheila

 

Que l’on ait été un fan de la 1ère heure ou « initié » à Sheila par nos parents ou grands-parents, force est d’admettre que l’ex-coqueluche des jeunes (débarquée avec L’école est finie en 63) fait partie de nos vies à tous ! Entre ses centaines de morceaux, ses dizaines de millions de ventes d’albums ou sa participation à Danse avec les stars, impossible qu’une seule génération ait pu passer au travers de ce phénomène musical qui dure depuis 60 ans ! En pleine tournée anniversaire, cette légende vivante de la scène française, s’amuse à revisiter quelques-uns de ses titres emblématiques avec la même joie que celle qui l’anime depuis 6 décennies…

 

 


 

Sheila pour sa « Tournée anniversaire »

concert / variété française

 

 

 


 

Morgane Las Dit Peisson : De retour en concert dans la région, à Marseille et au Cannet…

Sheila : Dès que je pars en tournée, je suis heureuse mais là, je peux vous dire que je suis ultra contente de passer par Marseille car c’est ma ville fétiche et ça fait trop longtemps que je n’y suis pas allée ! J’y ai des souvenirs incroyables de ma toute 1ère tournée en 63 ! Il y avait un monde fou et le public avait même renversé un car de police… C’était la grande époque ! (rires) C’est magnifique de pouvoir fêter cet anniversaire avec des gens qui font partie de ma vie depuis 60 ans…

C’est un chiffre vertigineux et extrêmement rare…

Sheila : J’en ai conscience… On est très peu à avoir vécu une si longue relation avec le public, c’est une chance que je savoure chaque jour. Il faut dire que l’époque est différente, aujourd’hui on « consomme » tout frénétiquement, y compris la musique. Les artistes deviennent des produits qui sont rapidement remplacés par d’autres donc je ne suis malheureusement pas certaine que beaucoup auront le privilège de créer un lien avec 4 ou 5 générations…

60 ans de carrière, j’imagine que vous ne pensez jamais à la retraite ?

Sheila : C’est un mot qui est banni de mon vocabulaire ! (rires) Tant que physiquement et mentalement je serai en mesure de continuer, je continuerai car j’ai la chance, contrairement à des métiers difficiles, de ne pas avoir la sensation de travailler. Je m’éclate sincèrement et peut-être encore plus qu’avant car je n’ai plus le même stress… 

 

 

C’est l’avantage de l’âge ?

Sheila : Oui, prendre de l’âge vous déleste de pas mal d’angoisses et de pressions ! (rires) Ma carrière est faite, je n’ai plus rien à prouver à personne et ma seule ambition, c’est de prendre du plaisir et de faire la fête ! Il n’y a plus de compétition, on n’a plus qu’à savourer le fruit du travail qu’on a semé pendant toute une vie… C’est une belle récompense.

Une nouvelle tournée…

Sheila : Ce spectacle a nécessité un gros travail de préparation avec Éric Azhar (le directeur musical) et Ludovic Barnouin (le producteur) pour choisir parmi 600 chansons celles qu’on allait sélectionner… Il faut que ça raconte notre histoire, il faut faire plaisir au public avec des incontournables tout en le surprenant avec de nouveaux morceaux et faire en sorte qu’à la fin, tout soit cohérent et ressemble à la femme que je suis aujourd’hui ! C’est la lourde tâche d’Éric Azhar qui réorchestre les chansons afin qu’elles se lient toutes les unes aux autres naturellement. 

Pour moi, en plus, c’est génial car même si je chante Les rois mages depuis 50 ans, j’y retrouve quelque chose de nouveau. Il y a des titres que je suis « obligée » de faire à chaque tournée pour ne pas décevoir les gens mais que je ne pourrais plus voir en peinture si je les chantais toujours de la même manière ! (rires) Sur la précédente tournée par exemple, Bang Bang était en guitare voix donc cette fois-ci, on l’a retravaillée différemment. Ça me permet de ne pas m’ennuyer, de ne pas lasser le public mais aussi de lui offrir une petite exclusivité en salles. Et puis ça m’amuse beaucoup, sur les premières notes, de le voir chercher de quoi il s’agit, comme dans un jeu de piste ! (rires)

Quand on revoit les images de vos débuts, ça donne envie de faire un bond dans le passé…

Sheila : On a eu la chance d’avoir une jeunesse plus joyeuse, plus inconsciente, plus enfantine… Tout n’était évidemment pas parfait mais les choses semblaient plus simples à l’époque, ou en tous cas plus vraies. 

Aujourd’hui, n’importe qui avec un ordinateur peut créer des morceaux et faire semblant de chanter juste alors que quand j’ai démarré, on avait 4 heures pour enregistrer 4 titres. On devait tous jouer ensemble, en live. On ne faisait pas 50 manip’ pour arriver à un résultat parfait et ça s’entendait bien d’ailleurs ! (rires) Il y avait un petit côté qu’on appellerait maintenant « amateur » mais qui avait un charme fou ! 

 

 

Si vous étiez jeune aujourd’hui, vous vous relanceriez dans l’aventure ?

Sheila : Certainement car la passion est plus forte que tout… On est toujours tenté de comparer les époques mais il y a monde qui sépare les années 60 des années 2020. À l’époque, il n’y avait qu’une chaîne de télé donc si on y passait, on était tout à coup connu dans la France entière mais le revers de la médaille c’est qu’il y avait très peu « d’élus ». De nos jours, c’est formidable, n’importe qui peut tenter de faire connaître son travail via des milliers de médias entre les sites, les chaînes télé, les radios, les journaux ou les réseaux sociaux mais ça crée une concurrence colossale et étourdissante… Il n’y a jamais de solutions complètement idéales mais je dois avouer que je plains les jeunes artistes qui se lancent aujourd’hui dans ce système de plus en plus inhumain où l’instantanéité prime sur tout le reste. 

Vous êtes « une machine » à tubes…

Sheila : Il y a des choses qui vous échappent… Le jour où j’ai fait du disco, je ne pensais pas devenir n°1 en Europe… Quand on est artiste, on suit un instinct, une envie, on le fait avec enthousiasme mais ce que devient la chanson, ça ne dépend pas de nous, c’est vraiment le public qui décide. 

Le tout en vous réinventant régulièrement… 

Sheila : J’ai horreur de la routine et j’ai besoin de prendre des risques ! Je me rappelle que quand j’ai monté le groupe S.B. Devotion, j’ai reçu des tonnes d’insultes parce que je partais en tournée avec 3 hommes noirs et que je chantais sur scène en short ! (rires) Dans les années 70, c’était très gonflé mais ça a certainement contribué à faire bouger les lignes…

 

 

Des chansons qui racontent nos vies et la vôtre… 

Sheila : Ce sont les chansons d’une vie… L’épreuve de La rumeur par exemple, je l’ai traversée et je tenais à en parler parce qu’aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, on n’a plus besoin d’être quelqu’un de connu pour y être confronté. Tout le monde est concerné et les jeunes n’imaginent pas l’ampleur du problème… Une rumeur peut tuer quelqu’un alors si mon expérience personnelle permet d’aider à changer, même un tout petit peu les choses, je ne l’aurais pas vécue pour rien.

Je suis intimement persuadée qu’il y a de l’espoir dans tout, même quand tout semble perdu d’avance…

C’est peut-être aussi cette « positivité » qui attire les gens dans vos concerts… 

Sheila : Je crois que quand les gens me font l’honneur et la joie de venir à un de mes concerts ils le font pour de multiples raisons… Les souvenirs, la nostalgie, la sincérité, l’envie de découvrir les nouveautés et le besoin de lâcher prise pendant deux heures… Rien ne me fait plus de bien que de les voir sourire et oublier leurs soucis ou leurs inquiétudes pendant ce moment passé ensemble !

C’est magnifique de retrouver des fidèles de la première heure ou de rencontrer des familles entières qui se rassemblent le temps d’un concert… Bien sûr, je sais que tous ces gens viennent « me » voir mais même au bout de 60 ans, je ne m’y habitue pas ! (rires) Vous vous rendez compte ? 60 ans de vie commune ! Il n’y a quasiment plus de couples qui tiennent aussi longtemps ! (rires) C’est dingue et merveilleux à la fois, je ne peux que remercier le ciel de m’avoir permis de vivre une telle histoire… 

 

© Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson pour Le Mensuel / Photos droits réservés / interview dans Le Mensuel de novembre 2022

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