Pascal Obispo en interview pour « Héritage », un coffret qui réunit des titres inédits interprétés en duo avec Alain Souchon, Véronique Sanson, Christophe Willem, Calogero…

Pascal Obispo en interview pour "Héritage"
© Dominique Gau

Pascal Obispo

Depuis ses premiers pas dans l’univers musical dès les années 80, Pascal Obispo a relevé le pari audacieux de durer et de se renouveler sans cesse. À coups de projets personnels, de comédies musicales, de collaborations ou encore de création d’une application où il s’adonne à sa passion sans aucune limite, il traverse les décennies sans la moindre lassitude. Bien que conscient de l’effondrement de l’économie du disque, son inspiration et sa créativité sont restées intactes, comme le prouve le coffret « Héritage » dont le 1er volume (le 2nd est paru en mai dernier) vient d’être dévoilé… En compagnie de Calogero, Cali, Christophe Willem ou Alain Souchon, il aborde les souvenirs et le temps qui passe avec une telle poésie qu’il réussirait presque à en adoucir les effets…

Morgane Las Dit Peisson : Comment te sens-tu avant la sortie d’Héritage ?

Pascal Obispo : Je ressens surtout du plaisir à l’idée de partager les émotions qu’on a traversées tous ensemble avec David Hallyday, Isabelle Adjani, Serge Lama ou encore Véronique Sanson… J’ai d’ailleurs réalisé un documentaire qui fait – pour l’instant – 4h40 ! (rires) Je ne sais pas si on va le scinder ni même comment on va le projeter, mais grâce à lui, j’ai pu me replonger dans toutes ces étapes magnifiques. Travailler avec ces grands artistes a été une aventure humaine exceptionnelle, donc dévoiler ce disque au public me remplit plus de joie que de « trouille » ! De toute façon, plus personne n’en vend, il n’y a plus aucune raison d’avoir peur ! (rires) Je fais de la musique uniquement pour le plaisir aujourd’hui puisque, comme dans beaucoup d’autres domaines, c’est à perte… J’ai la chance de pouvoir encore le faire avec mes deniers personnels, mais pour combien de temps ?

Avec cette idée, j’avais envie de faire quelque chose que je n’avais jamais fait, et il se trouve que ça s’est bien passé avec tout le monde. J’ai eu la reconnaissance de mes pairs alors que je ne pensais pas être aussi apprécié par eux… Peu importe les chiffres, ce projet me rend fier…

Héritage est un coffret où tu rends hommage à tous ceux qui t’ont apporté quelque chose… 

C’est sûr qu’on se nourrit tous les uns des autres, sauf ceux qui sont de mauvaise foi ! (rires) Un musicien naît parce que des mélodies existent, qu’il en entend et qu’il en aime. Moi, je dois mon parcours à l’envie d’avoir voulu faire comme beaucoup d’artistes. J’ai mélangé ce que j’avais écouté à droite à gauche et ça m’a mis sur ma propre voie.

Il y a plusieurs niveaux d’héritage, mais l’idée de ce projet, c’était d’abord d’exposer le travail d’un compositeur qui a toujours revendiqué le fait d’aimer le talent des autres et qui a sans cesse assumé de s’en inspirer. 

Et puis c’est resté ludique aussi. Je me suis éclaté, je n’ai jamais prétendu vouloir faire du Cabrel ou du Sanson, mais simplement les mettre dans une espèce de cocon musical conçu pour eux. C’est tout le rôle du compositeur et c’était le but de cet exercice de style. 

Ils se sont prêtés au jeu et c’est devenu un superbe moment de partage. On a cette chance, en tant qu’artistes, d’avoir encore la possibilité de nous amuser un peu en studio et sur scène. Le climat est délétère, alors il faut en profiter dès qu’on le peut…

Héritage vol. 1 sort après le 2ème…


J’ai commencé par la fin pour qu’on se pose des questions ! (rires) Et puis, si j’avais été un invité et que je m’étais retrouvé sur le 2ème volume, je me serais demandé pourquoi… Ainsi, il n’y a que des premiers, dans l’ordre de parution et dans la numérotation, on va dire que c’est de l’élégance et du tact par rapport aux artistes.

Un coffret de 26 titres inédits, dont 25 duos composés pour leurs interprètes…

Chacun d’entre eux, comme j’aurais pu le faire si j’avais travaillé sur leurs albums complets. J’aime faire ça, c’est d’ailleurs pour ça que, sur mon application, j’ai entrepris une anthologie de la chanson française où je m’amuse à explorer l’univers d’un artiste en mettant les mains dans son moteur, en regardant de quelle manière il fabrique ses morceaux. Ça me donne automatiquement envie d’essayer d’en faire un « pareil », avec les mêmes éléments de langage. J’ai conçu l’album un peu comme ça. J’ai fait des chansons comme si elles étaient à destination de Julien Clerc ou de Cabrel, en me disant que ce serait marrant qu’ils viennent les enregistrer. 

Ils ont bien aimé le concept et ils ont accepté…

Pascal Obispo en interview
© Dominique Gau

S’adapter à chaque personnalité est un travail considérable… Il a fallu changer de peau à chaque fois…

Ça ne me paraît pas si colossal que ça. J’arrive bien à m’adapter, sûrement parce que j’ai amassé une importante culture musicale dans tous les répertoires. Je connais les artistes et leurs univers, donc ça va plus vite. Le vrai pari d’Héritage, c’était de savoir s’ils allaient se reconnaître dans les mélodies.

Être compositeur, c’est exigeant, c’est apprendre à s’effacer au profit d’une autre identité et se mettre à son service. Ça faisait un moment que je ne l’avais pas fait, mais j’aime toujours autant…

Maintenant, beaucoup s’appuient sur l’intelligence artificielle, alors le métier en pâtit bien qu’il reste exaltant ! Cet album en est la preuve et ça a été un plaisir fou d’ajouter toutes ces personnes que j’aime à mon « tableau » ! (rires) Je plaisante mais travailler avec de nouveaux artistes, c’est à chaque fois un petit challenge professionnel…

Se lancer des défis, c’est aussi se donner envie de continuer à avancer…

Effectivement, c’est une bonne réflexion. Tant qu’on essaie de trouver des idées, c’est qu’on a envie de se battre pour que ça continue, et qu’on a envie de croire qu’il est encore possible d’éprouver du plaisir. Là, je peux te garantir que j’en ai pris énormément ! 

Être un artiste solitaire qui vient avec ses propres chansons, ça a quelque chose de presque gangrenant, ça te bouffe un peu… L’échange, en revanche, a toujours été dynamisant pour moi. J’écris en permanence de nouveaux morceaux, mais rien ne vaut de les partager.

Je ne m’aventurerais d’ailleurs pas à numéroter cet album tant la proposition est dense entre les disques, les collaborations et l’appli…

Si mes calculs sont justes, avec mes albums de reprises, j’en suis à 94 ! (rires) Je ne peux pas faire différemment, c’est mon principal mode d’expression… 

Le tour de force d’Héritage, c’est que personne d’autre que Thomas Dutronc n’aurait pu chanter Une vie de con, comme Eddy Mitchell avec Une larme pour la route et que, malgré tout, les deux disques sont homogènes…

Je crois que le résultat est cohérent parce qu’avec tous ces artistes – à part un ou deux -, on est dans une espèce de stylistique « chanson française des années 70 », c’est-à-dire sans synthé et que du « vrai » enregistré en direct. 

Cette énergie live me plaisait bien. La prochaine fois, je ferai peut-être le contraire mais là, sur les deux disques, j’avais envie de cette couleur très organique, acoustique et terrienne, héritée des années 67 à 77. C’est une décennie qui a été particulièrement intéressante musicalement.

Pascal Obispo en interview
© Dominique Gau

Le coffret accentue ce côté fresque intemporelle, avec son lot de souvenirs d’enfance et de nostalgie qu’illustre à merveille la chanson avec Souchon, La plage dans le sablier… 

Ça vient des propos, bien sûr, mais également de la volonté de ne pas chercher à être à la mode, ni à inscrire les titres dans l’époque d’aujourd’hui, ni dans le temps en général.

Je suis dans la vie, dans mon histoire et dans la nôtre, mais pas dans l’époque.

Ce côté intemporel est tamponné par la stylistique, par le choix des paroles, par celui des artistes aussi. Tout colle bien à la philosophie de l’album.

Le disque s’achève sur le seul morceau en solo, de 7 minutes, comme un panorama de ta propre vie…

C’est vrai que c’est marrant, car ça a pris la forme d’une autobiographie musicale. Ce n’était pas vraiment prévu et puis je me suis retrouvé à raconter l’histoire d’une vie, avec ses points d’ancrage musicaux et ses Souvenirs attachés…


© Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson pour Le Mensuel / Photo Dominique Gau

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