INTERVIEW

Pascal Obispo en interview

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S’il y a bien une chose qu’on ne peut pas lui reprocher, c’est son manque d’audace et de créativité ! En 30 ans, l’interprète de Tomber pour elle, Plus que tout au monde, Personne ou encore Fan n’a en effet jamais cédé à la facilité de reproduire la recette du succès précédent ! Suivant uniquement ses envies et ses préoccupations du moment, Pascal Obispo a dessiné année après année une fresque musicale qui, de L’Important c’est d’aimer à  – dernièrement – Jésus, de Nazareth à Jérusalem, rassemble toutes les facettes d’un homme qui se façonne encore jour après jour… Plus rock, impétueux et déterminé que jamais, Pascal Obispo – qui n’a pas hésité à changer de maison de disque après 27 ans de collaboration pour s’assurer sa liberté musicale – aborde, dans un dernier album en grande partie écrit par lui, le temps qui passe, les icônes, la mort, les femmes, le vivre-ensemble ou encore les noms de marques de cigarettes comme un pied de nez à l’hypocrisie ambiante de notre société…

 

Pascal Obispo en concert

Salon de Provence / L’été au Château / 26 juillet    Sainte Maxime / Soirées Gala / 27 juillet

Marseille / 16 octobre    Nice / 18 octobre    Toulon / 19 octobre

 


« Le temps passe vite quand on aime passionnément… »


MORGANE LAS DIT PEISSON : Ta tournée semble très bien se passer…

Pascal Obispo : Oui je dois reconnaître qu’on est plutôt heureux de tout ce qu’on a déjà eu l’occasion de vivre sur cette première partie de tournée… On a fait cinquante concerts qui se sont tellement bien déroulés que cinquante autres dates ont été ajoutées ! L’ambiance est dingue chaque soir, le public en redemande, je n’ai pas du tout envie de le quitter alors les concerts durent souvent beaucoup plus longtemps que le temps initialement prévu ! (rires) Par contre, le revers de la médaille c’est qu’évidemment, je suis un peu plus fatigué le lendemain mais ça en vaut vraiment la peine !

Ton dernier album, Obispo, semble avoir séduit un nouveau public…

C’est assez amusant car depuis que je l’ai remarqué, je demande aux gens dans la salle de lever la main s’ils viennent pour la première fois me voir en concert et je suis constamment surpris par la quantité concernée !  C’est relativement nouveau pour moi et c’est plutôt plaisant de voir qu’après trente ans de carrière, j’arrive encore à attiser une certaine curiosité…

Un album dont l’énergie est proche de celle des concerts…

C’est exactement ce qui différencie l’album Obispo des précédents… L’énergie qu’on déploie sur scène pendant les tournées n’avait, je crois, jamais vraiment été bien traduite sur mes albums. En général, le temps imparti entre chaque opus étant de deux ou trois ans, ça ne me laissait pas vraiment l’occasion de faire les choses exactement comme je les désirais bien que j’aie toujours essayé de m’en rapprocher le plus possible. Cette fois-ci j’ai pu prendre le temps de réunir plusieurs invités et de recréer ainsi en studio cette notion de partage qui donne, j’ai l’impression, ce souffle nouveau…

Le titre Les chansons de Voulzy et Souchon est un hommage aux vivants…

J’ai imaginé cette chanson en réaction contre un système qui encense les morts et qui oublie souvent de respecter et de fêter les vivants. À travers lui, je me moque entre autres des témoignages adressés à des disparus qui circulent sur les réseaux sociaux alors que ça ne sert malheureusement absolument plus à rien !

Il rappelle aussi le pouvoir qu’ont les chansons…

C’est l’autre niveau de lecture du morceau, celui qui parle de ces artistes qui, par leurs chansons, ont été des points d’ancrage dans nos vies sans même qu’on s’en rende compte. C’est ça la vraie puissance des chansons, c’est d’entendre un air dans un supermarché et qu’il nous téléporte en une fraction de seconde dans l’un de nos souvenirs ! Souchon et Voulzy sont d’excellents exemples car en cinquante ans, leur musique a marqué plusieurs générations…

C’est ton cas également…

(rires) Je crois mais je n’ai pas vraiment bien conscience de ça… Mes chansons correspondent à un moment de ma propre vie et j’imagine que Millésime doit être un repère pour d’autres papas, tout comme Lucie a sûrement incité des parents à appeler leur fille comme ça mais on ne peut jamais prédire quelle vie auront nos compositions, c’est là toute la magie de l’association de ces quelques notes !

Le temps qui passe est très présent…

Ça me travaille évidemment et je crois que ça nous travaille tous à un moment donné ! (rires) La notion de temps est d’une injustice folle parce qu’il passe vite quand on aime passionnément et l’ennui le fait durer quasi indéfiniment… C’est cette appréciation du temps qui rend toutes les beautés de la vie aussi fugaces ! Et bleu… l’évoque, c’est un panorama de l’Histoire de France et des personnalités qui nous ont marqués, appris et fait grandir. Elle est empreinte d’une nostalgie certes, mais presque enchantée…

On n’est pas seul sur la terre a une histoire particulière…

Oui c’est l’histoire d’un jeune homme que j’ai rencontré par hasard sur une route alors qu’il venait de se faire faucher par une voiture. Je l’ai « aidé » du mieux que j’ai pu en attendant les secours… C’était une scène atroce… Il a perdu son bras, sa jambe… C’est arrivé il y a un peu plus de dix ans mais à l’époque je n’avais surtout pas voulu, par respect pour lui, en parler et que ce soit médiatisé ! Je ne me serais d’ailleurs pas permis d’écrire ce texte si on n’avait pas développé une réelle relation pendant toutes ces années et s’il n’avait pas approuvé…

Nicolas Lacambre m’épate chaque jour par son courage car il m’a tout de même démontré que le handicap pouvait avoir des répercussions positives dans une vie et que sans un bras ou sans une jambe, on pouvait vivre plus heureux qu’avant. C’est quelque chose qu’on ne peut pas concevoir quand on a tous ses membres alors je l’ai poussé à écrire un livre pour qu’il y raconte sa vie d’avant et sa vie d’après l’accident. Ce témoignage – qui sortira le 18 septembre – s’intitulera également On n’est pas seul sur la Terre… Je suis foncièrement heureux de l’avoir poussé à faire ça parce que c’est vraiment quelqu’un d’extraordinaire et je reste persuadé que c’est sur des gens comme lui qu’il faut faire toute la lumière !

© Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson pendant la Fête de la Musique à l’Hôtel Beau Rivage de Nice • Photos Yann Orhan & Pixeline Photographies

 


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Interview parue dans les éditions n°405 #1, #2, #3 et #4 spéciales été 2019

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