INTERVIEW

Kheiron en interview

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Auteur et humoriste maîtrisant à la perfection l’art de l’impro et du stand-up, Kheiron, qui n’envisage pas la scène comme une « représentation » mais bien comme un pur moment d’échange, s’adresse au public en le regardant droit dans les yeux et en étant foncièrement à son écoute. Doté d’une sensibilité certaine et d’une honnêteté profonde, le comédien – et réalisateur – a su séduire tant les spectateurs que ses pairs qui n’ont pas hésité à le suivre dans sa 3ème aventure cinématographique Brutus vs César qui sera disponible sur Amazon Prime Video dès le 18 septembre prochain…

 

KHEIRON

« 60 minutes avec Kheiron » à Marseille / 13 mars 2021 (report du 17 septembre 2020) • Sanary-sur-Mer / 06 mai 2021

« Brutus vs César » son 3ème film disponible sur Amazon Prime Vidéo dès le 18 septembre

 


« Je n’aime pas brandir que je suis un gentil… »


MORGANE LAS DIT PEISSON : C’est plutôt rare de faire une interview à quelques minutes de monter sur scène…

KHEIRON : (rires) À cause de toi, je suis venu avec une avance de malade au théâtre car quand je joue à 21h30, je débarque normalement à 21h28 ! J’aime arriver en me sentant dos au mur et sans filet, sans savoir où on ira tout au long de la soirée…

Tu es revenu sur scène dès que ça a été possible…

Ça m’avait beaucoup trop manqué alors j’ai voulu me tenir aux dates que j’avais réservées sur Paris tout l’été. Pour ça, il a fallu diviser la jauge mais qu’importe, l’essentiel était de rejouer le plus rapidement possible ! À L’Européen, je suis pour l’instant coincé à 240 places, c’est complet tous les soirs donc ça prouve que le public a lui aussi besoin que les spectacles reprennent.

Chez toi c’est un besoin viscéral…

J’adore la scène ! D’ailleurs même si je suis en tournage la journée, j’ai envie d’y être le soir… Je ne joue pas un spectacle figé car à chaque représentation il évolue et il m’emmène vers des imprévus… C’est hyper enrichissant mais ça exige de jouer régulièrement pour ne pas oublier tous les stocks de vannes que j’emmagasine au fur et à mesure…

De l’impro travaillée…

Et il faut qu’elle le soit sinon tu fais un bide ! (rires) L’impro, ce n’est pas inventer n’importe quoi sur le moment, c’est être pleinement connecté au public pour pouvoir rebondir sur n’importe quoi en ouvrant des tiroirs de sketches et de vannes que l’on a stockés quelque part dans notre cerveau… C’est un peu comme un classement informatique avec une barre de recherche et, de mot-clef en observation, je saute d’une idée à une autre tout au long de la soirée !

Un exercice intellectuellement intense…

Tu ne peux jamais te relâcher dans l’impro ni laisser ton esprit divaguer, tu dois être à 100% là… Tous mes sens sont exacerbés parce que j’ai une partie de mon cerveau concentrée sur l’organisation générale du spectacle, une autre qui observe le public pour rebondir sur ses réactions et une troisième qui improvise et qui cherche comment lier les deux premières afin de créer une soirée réellement unique… Quand je termine, très franchement, je suis vidé mais c’est tellement kiffant de ne jamais venir sur scène en trainant des pieds que j’y retourne ! Il n’y a jamais de lassitude et le plus surprenant c’est que le public a l’air de ressentir la même chose puisque souvent les gens reviennent plusieurs fois ! C’est extrêmement flatteur et touchant… 

Un spectacle qui se joue autant sur scène que dans la salle oblige à s’intéresser aux autres…

C’est Coluche qui disait que pour se moquer de quelqu’un, il faut le connaître et que pour le connaître, il faut l’aimer… Je ne me moque jamais vraiment des gens, je les charrie mais pas pour les blesser, uniquement pour créer une connexion avec eux. Je n’aime pas brandir que je suis un gentil (rires) mais tu as raison, il faut, pour créer un spectacle interactif, s’intéresser aux autres, mettre un peu son ego de côté et n’avancer qu’avec une seule obsession, celle du rythme et de l »efficacité ! Si je n’ai pas un rire toutes les 7 secondes, c’est que je suis en train de faire une conférence et pour moi, c’est un échec ! (rires)

Avoir des parents comme les tiens incite à être sensible au sort de l’autre ?

C’est certain ! Depuis que je suis né je les vois oeuvrer pour les autres alors quand tu assistes à ça, ça ne peut que t’influencer, même inconsciemment… Je ne leur arriverai jamais à la cheville, je ne suis pas un être aussi généreux et attentionné qu’eux mais les avoir comme parents m’a donné les meilleures bases possibles… Notre personnalité se joue en général sur nos six premières années de vie et j’ai eu la chance d’être entouré par des parents aimants qui m’ont bien éduqué, inculqué de vraies valeurs et que j’ai vus se sortir de moments difficiles grâce à l’humour… Quoi que je sois amené à vivre, je sais que j’ai ça dans mon A.D.N…

Leur consacrer ton premier film était un rêve ?

Pas du tout ! (rires) Ça m’a surpris moi-même ! Quand tu fais de l’humour aujourd’hui, tu es vite sollicité pour faire du cinéma et quand la proposition m’a été faite, je me suis demandé ce qui allait vraiment pouvoir surprendre le public… Sur scène, j’ai un registre un peu cru voire carrément hardcore, frontal et direct, j’aime provoquer le malaise ou le rire honteux et je pense que c’est là qu’on m’attendait donc je suis allé dans le sens opposé ! (rires) Je n’avais jamais traité l’histoire de mes parents sur scène parce que je ne voulais pas être dans l’émotion à cet endroit là, par contre, leur épopée avait toute sa place au cinéma…

« Nous trois ou rien« , « Mauvaises herbes » & « Brutus vs César » : 3 films, 3 registres…

Et le 4ème n’aura encore rien à voir avec ceux-là ! J’aime raconter des histoires mais plus que tout, j’adore surprendre ! Je préfère qu’on me dise qu’on n’aime pas tout ce que je fais mais l’essentiel, c’est que ça provoque des réactions, quelles qu’elles soient…

« Brutus vs César » sort le 18 septembre avec un beau casting…

Il y a Pierre Richard, Thierry Lhermitte, Gérard Darmon, Artus, Bérengère Krief, Laura Laune, Jérémy Ferrari, Reem Kherici, Ramzy Bedia, Pascal Demolon et j’en oublie ! (rires) J’ai un magnifique casting et au-delà du talent qu’ils apportent au film, je suis heureux qu’ils aient accepté ce projet car ça veut dire qu’ils ont eu confiance en mon travail au point de donner une partie d’eux qui sera éternellement liée à ce film que j’ai hâte de défendre…

© Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson à Ramatuelle en août 2020 • Photos Audoin Desforges


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Interview parue dans les éditions n°417 #1, #2, #3 et #4 du mois de septembre 2020

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