INTERVIEW

Jean-Marie Bigard en interview

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Si Jean-Marie Bigard n’a pas toujours fait l’unanimité, ce n’est pas sa dernière décision en date qui risque de mettre tout le monde d’accord… Après plus de 30 ans passés à se donner tout entier à un public d’une fidélité sans borne, l’humoriste de tous les records a délibérément choisi de ne plus se produire seul en scène après cet ultime spectacle best-of. Préférant, à juste titre, préserver sa santé et consacrer plus de temps à ses jeunes jumeaux, l’humoriste ne délaissera pas complètement ceux qui se pressent toujours avec plaisir dans ses salles puisqu’ils pourront toujours le retrouver dans des films, des téléfilms ou encore au théâtre comme c’est déjà le cas avec la pièce Dernier tour de piste où, aux côtés de son partenaire de pétanque Patrice Laffont, il incarne un ancien comédien bien décidé à réveiller la maison de retraite où il vit !

 

 


« Mon prochain défi va être de m’arrêter ! »


MORGANE LAS DIT PEISSON : Ton spectacle Il était une fois Jean-Marie Bigard serait le dernier ?

JEAN-MARIE BIGARD : Ce sera en effet mon dernier spectacle en format seul en scène donc la tournée que l’on est en train de faire sera la dernière… Je ne suis pas pressé de m’arrêter mais l’ultime représentation sera irrévocable… J’aime l’idée de ce gros changement car j’adore me jeter dans le vide ! Selon moi, si tu ne le fais pas, aucun miracle ne peut se produire. 

Dernier one-man ne signifie pas fin de carrière…

Exactement ! Et d’ailleurs, depuis que j’ai annoncé ma décision, je reçois une proposition de pièce par semaine et un scénario de film par mois donc je pense que ça ne sera pas une fin absolue mais le début d’autre chose…

Un besoin de ralentir le rythme ?

C’est quand même un métier assez dur à faire qui nécessite énormément d’énergie car à chaque fois que tu crées un nouveau spectacle et que tu montes sur scène, il faut te conditionner à donner tout ce que tu as pendant plus d’une heure et demie comme si c’était la première fois… C’est merveilleux et exaltant mais après 33 ans passés à vivre à ce rythme effréné, je me dis que ça ne serait peut-être pas mal de commencer à freiner un peu… Il y a deux ans, il m’est arrivé ce qui était pour moi jusque là inimaginable, j’ai fait un malaise sur scène et s’en sont suivis de gros soucis de santé donc j’ai dû me rendre à l’évidence et réaliser que si la tête était toujours partante pour tout faire, le corps quant à lui, commençait à avoir besoin de lever un peu le pied ! (rires) Et puis il me reste trop peu de temps « possible » à vivre pour continuer à passer à côté de ma famille…

Choisir une fin est courageux…

Je ne sais pas si ça l’est vraiment mais je trouve ça bien de pouvoir, pour une fois, finir véritablement son ouvrage… On exerce un métier très particulier car c’est le seul où l’on fait un rappel. Quand tu es plombier et que tu as fini la salle de bains de ton client, c’est quand même rare qu’il exige que tu prolonges les travaux ! (rires) La scène, c’est différent et puis c’est addictif alors tu acceptes de prolonger, tu as envie, dès que ça s’arrête, d’y retourner et ça s’enchaîne ainsi année après année. Je ne crois pas avoir eu une mission dans la vie mais en tous cas, je pense avoir fait mon job en proposant dix spectacles avant ce best-of…

Un best-of assez singulier...

Il était une fois Jean-Marie Bigard est une véritable récréation pour le public autant que pour moi ! J’ai proposé aux gens de choisir les 20 sketches de ma carrière qu’ils préféraient, 5828 personnes ont donc voté et « créé » cet ultime tour de piste. C’est amusant de découvrir que ce ne sont pas toujours les plus connus qui ont marqué les esprits mais aussi de voir que les sketches qui faisaient un peu grincer des dents à l’époque comme Le Ninja ou Putain de Pauvre font partie du top 20 ! (rires) J’en ai extrait la crème de la crème, il y a des moments très forts et d’autres où l’on descend bien en dessous de la ceinture alors ça donne un spectacle qui pique parfois un peu les yeux mais ceux que ça dérange ne sont pas obligés de venir ! (rires) 

Toute ta carrière semble être une succession de défis…

Ce qui compte, c’est de ne jamais s’endormir et pour que ça n’arrive pas, je crois qu’en effet, j’ai besoin de me dépasser constamment, de lâcher prise ou d’aller chercher l’idée jamais exploitée… Je me suis glissé dans la peau d’une femme, j’ai joué un one-man identique au Point-Virgule et le sur-lendemain à Bercy, je suis le seul humoriste à avoir rempli le Stade de France et mon prochain défi va être de m’arrêter ! Il ne sera pas spécialement évident à relever mais le pire cauchemar que je veux éviter, c’est d’être sur scène un jour en ayant hâte que la représentation se termine…

Il était une fois Jean-Marie Bigard, un conte de fée ?

Ma vie est un conte de fée ! Je suis arrivé dans ce métier sur le tard et même si ça n’a pas toujours été facile, le succès a été grandissant et le public ne m’a jamais lâché donc je ne peux rien regretter… 

© Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson au Théâtre de Verdure de Nice pendant Les Plages du Rire 2018 • Photos droits réservés

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Interview parue dans les éditions n°402 #1, #2, #3 et #4 du mois d’avril 2019

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