CONCERT

IAM en interview pour sa tournée et l’album « Rimes essentielles »

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« On ne s’est jamais lassé les uns des autres… » Shurik’n

 

Avec une passion, un engagement et une amitié restés intacts depuis bientôt 35 ans, les membres du groupe IAM forcent le respect. Humbles, droits, vrais et généreux face à des salles pleines où des publics de tous âges désormais reprennent des Rimes essentielles qu’ils ont écrites avec soin ; Akhenaton, Shurik’n et les autres ont, tout au long de ces années passées à nos côtés, naturellement fini par devenir – humainement – des exemples à suivre… 

 


 

IAM pour sa tournée et l’album Rimes essentielles

 

 

 


 

Morgane Las Dit Peisson : Après Saint-Raphaël cet été, il y aura Crossover à Nice en septembre… 

Akhenaton : C’est rassurant de voir que les gens reviennent sur les festivals même si toutes les régions ne sont pas logées à la même enseigne. Il y a des endroits où tout a repris son cours immédiatement et d’autres où ça prend plus de temps, mais on ne doute pas un instant que le public a besoin de retrouver le spectacle vivant. 

En tous cas, il n’y a pas un soir où l’on n’est pas heureux d’être sur scène ! Pouvoir faire notre métier, jouer de la musique et rencontrer les gens, ça a l’air tout simple mais à un moment, on s’est vraiment demandé si on allait pouvoir retrouver tout ça un jour… Deux ans dans ces conditions, c’est très long…

 

« L’humain est un animal de meute, il n’est pas naturel de l’isoler ! » Shurik’n

 

Shurik’n : On a été affamé pendant deux ans donc dès qu’on nous a rouvert les portes, on est reparti à fond ! Même si on s’est évidemment occupé différemment pendant cette période, on était comme des lions en cage ! (rires) Il fallait que ça bouge, que ça reprenne ! On le voit sur les festivals, le public réagit comme nous et on ressent une réelle satisfaction de sa part. L’humain est un animal de meute, il n’est pas naturel de l’isoler ! 

Akhenaton : Nos vies, depuis une quinzaine d’années, sont essentiellement rythmées par le live donc la coupure nette a été déroutante ! (rires) Pour s’occuper, on est retourné en studio et là, ça nous a replongé dans le fonctionnement qu’on avait dans les années 90. On a énormément échangé, écrit, composé, testé des choses, répété, enregistré… Ça a été une belle période de création malgré toute l’incompréhension et la colère qu’on a pu ressentir. Quand on t’appelle « non-essentiel », c’est difficile de ne pas mal le prendre…

 

 

« Non-essentiel » bien que les gens se soient rapidement tournés vers la culture pour tenir…

Akhenaton : Certains ont en effet besoin de s’évader du quotidien pour ne pas craquer tandis que d’autres sont attirés par un message qui passe en boucle toutes les 10 minutes à la télé… C’est un phénomène très moderne et ce qu’on a vécu ces deux dernières années n’aurait jamais pu se produire dans les années 70 ! 

La technologie mais aussi l’état d’esprit des populations, sociologiquement, n’auraient jamais pu permettre ça. 

Nos générations n’ont pas connu de conflits majeurs alors que si on reprend l’histoire de l’humanité jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, le côté de la terre où l’on se trouve – l’Europe – s’est livré à des guerres incessantes. Depuis que l’homme s’est sédentarisé, ça ne s’est jamais arrêté ! Nous, ici présents, avons été très chanceux jusqu’à maintenant mais si les États-Unis font encore un petit effort, on aura bientôt le « privilège » à notre tour, de savoir ce qu’est une guerre… En attendant, on a des médias qui nous « occupent » en alimentant nos angoisses…

 

 

Une guerre inévitable ?

Akhenaton : En période de difficulté, la guerre est la principale solution économique que l’être humain a trouvé. Je pense qu’il en existe d’autres comme le rééquilibrage des revenus… Je ne dis pas que tout le monde doit gagner la même chose mais quand on sait que les très riches ont eu plus de 360% de gains sur ces 2 ans et demi, on comprend que la crise ne concerne pas tout le monde ! Ils ne sont pas nombreux à gagner ces sommes-là mais ils ont une influence énorme. Ce qu’on appelle une corruption sourde, c’est ça. C’est quand des gens trouvent leur intérêt dans des situations contestables et décident, pour ne pas avoir à y renoncer, de ne rien dénoncer. 

Malheureusement, beaucoup de gens dans la santé ont trouvé leur intérêt dans la crise que nous venons de traverser… Que ce soit le médecin qui a touché une prime à chaque patient vacciné, le pharmacien qui s’est fait de belles marges sur les tests ou bien sûr, les labos pharmaceutiques qui, eux, ont joué hors concours ! 

Shurik’n : Qui ne dit mot, consent…

 

« Il va falloir changer les choses pour repartir dans le bon sens… » Akhenaton

 

Akhenaton : Il va falloir changer les choses pour repartir dans le bon sens en remettant au premier rang de notre humanité : l’empathie, l’entraide, la solidarité et le partage. La culture est au centre de tout ça et c’est pour ça qu’il ne faut pas la rejeter quand elle aborde des sujets graves ou sérieux. 

Quand tu touches à la culture quelle qu’elle soit – des arts picturaux aux pièces de théâtre en passant par le rap ou l’architecture -, tu t’attaques aux fondements même de l’humanité. La culture c’est notre reflet alors si tu la renies, tu te renies toi-même…

 

 

Depuis 34 ans maintenant vous cultivez votre liberté de ton et d’expression…

Akhenaton : Exactement ! On nous est tombé dessus dernièrement mais depuis qu’on a commencé, on dit ce qu’on pense ! (rires) Certains n’ont peut-être pas écouté nos anciens morceaux comme C’est clair je suis sombre mais nos propos étaient déjà là. On s’élève toujours à notre manière contre l’individualisation de notre société qui nous pousse à exister en nous opposant les uns aux autres plutôt qu’en construisant ensemble. Même si exprimer ce qu’on pense ne fait pas l’unanimité et peut parfois nous jouer des tours, on ne sait pas fonctionner autrement donc peu importe le contexte, on continuera à avancer à notre manière. Que ce soit avec La faim de leur monde ou J’aurais pu croire, on n’a jamais changé de cap. 

Avec Independenza en 99 par exemple, « Mon Histoire de France à moi commence par un génocide, Ces pensées maussades romancent une revanche impossible » veut dire que la France est venue nous envahir en mettant des hommes sur le bûcher certes, mais que je ne vais pas aller me venger en répétant l’Histoire… Les partis d’extrême droite nous ont envoyé des lettres et des plaintes alors que ces mots étaient juste en adéquation totale avec l’Histoire, brutale, de France qui nous a été imposée ici, dans un pays de langue d’oc.

 

 

« On veut se battre pour les jeunes générations ! » Akhenaton

 

Quand on voit que les choses ne s’arrangent pas particulièrement dans le monde, qu’est-ce qui vous pousse à dénoncer encore et toujours ?

Akhenaton : Avant, on le faisait pour nous et je crois qu’aujourd’hui, on a envie de continuer pour nos enfants. On veut se battre pour les jeunes générations. Ce n’est pas parce que les nôtres et les précédentes ont abusé de tout et épuisé le quota de bonheur de ce pays qu’il ne faut pas essayer d’en recréer un peu pour les suivants. 

C’est ce qui nous motive à parler des sujets qui nous touchent même s’ils en contrarient certains ! (rires)

On fait un métier qui est finalement très proche du journalisme, on apporte rarement des solutions mais on dépeint des situations afin que les gens, peut-être, en tirent des conclusions, des leçons. C’est pour ça qu’il faut faire très attention aux mots qu’on emploie et que collectivement, on a une responsabilité générale. 

Quand un essayiste comme Nicolas Tenzer va sur un plateau de France 5 afin de suggérer un « agenda de guerre des européens » pour libérer l’Ukraine dans les 3 à 6 mois – je n’ai pas ramolli mon cerveau avec de la télé-réalité ou de l’info en boucle – donc je comprends parfaitement ce que demande ce monsieur : que nos gamins aillent faire la guerre sur le terrain ! Parce que pour libérer un pays en 3 mois, il faut envoyer des troupes au sol, il n’y a pas de miracles ! Et personne ne relève ça pendant l’émission ? Je suis atterré qu’on laisse passer des choses aussi graves sans réagir parce qu’en réalité, on n’écoute pas tellement les mots que les gens prononcent.

Shurik’n : C’est ça le vrai danger, ce n’est pas uniquement que certaines personnes s’expriment mais c’est que d’autres, aujourd’hui, ont les moyens de les entendre sans vraiment chercher à les comprendre. On en parlait tout à l’heure mais les confinements ont révélé deux types de comportements : ceux qui ont mis ce temps à profit pour essayer de nouvelles choses, pour s’instruire, pour s’occuper de leurs proches etc. et ceux qui se sont sentis désoeuvrés dans leurs canapés en laissant la télé tourner par habitude. Sans s’en rendre compte, ceux-là sont devenus dangereux parce qu’ils ont subi un genre de lobotomie. Toute la journée, ils ont ingurgité des idées qu’ils ont fini par gober sans faire l’effort de les analyser. Et en même temps, c’est compliqué de les blâmer puisqu’on nous a toujours appris que l’information était la vérité… 

 

 

« IAM est devenu, au fil des années, une vraie famille ! » Akhenaton

 

Après plus de 30 ans de carrière et d’amitié, vous débattez et avez toujours des choses à vous dire. Comme dans un couple, c’est le secret de la longévité ?

Shurik’n : On échange tout le temps c’est vrai… Sur des émissions qu’on a regardées ou sur un nouveau morceau qui vient de sortir… On ne s’est jamais lassé les uns des autres.

Akhenaton : IAM est devenu, au fil des années, une vraie famille. Quand on est en tournée, on est entre frères. Ce n’est pas un lien biologique mais c’est vrai qu’on a la chance de s’être trouvés et de s’aimer profondément. Ça fait qu’on parle de tout ce qui nous passe par la tête ! Actu, cuisine, foot, musique… Peu importe mais on échange tout le temps. On n’est pas toujours tous d’accord et c’est d’ailleurs certainement pour ça qu’on ne s’ennuie jamais ! (rires) Un groupe n’est pas une secte, c’est un regroupement d’individus propres et c’est ça qui en fait la richesse. Ce qui compte, peu importe nos opinions personnelles, c’est de toujours se respecter mutuellement et si ça nous a permis de rester soudés, je crois aussi que ça nous a inspirés pendant toutes ces années. Si on pensait tous la même chose, ce serait sûrement d’un ennui mortel ! (rires)

© Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson et Karine Ouellette aux Lives de Saint-Raphaël pour Le Mensuel / Photos Didier D Daarwin – Tous des K / interview parue dans Le Mensuel de septembre 2022

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