INTERVIEW

François Cluzet et Nicolas Vanier en interview

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Tous deux ravis de leur 1ère collaboration sur L’école buissonnière, Nicolas Vanier – le réalisateur – et François Cluzet – le comédien – n’ont pas hésité à se relancer ensemble dans une nouvelle aventure cinématographique. Adapté des romans de la collection Bibliothèque rose et du feuilleton télévisé, ce film familial raconte la rencontre entre un poney star d’un cirque et la jeune Cécile. Après avoir découvert que l’animal était maltraité, l’enfant bravera tous les dangers pour le sauver. L’occasion pour Nicolas Vanier de nous offrir de magnifiques images dont il a le secret mais aussi de nous alerter une fois encore sur les dangers que l’Homme fait constamment courir à la nature

François Cluzet et Nicolas Vanier pour le film Poly

Sortie en salles prévue le 21 octobre (initialement programmée le 7 octobre)


« Chaque rôle et chaque rencontre m’a nourri et fait grandir… »


MORGANE LAS DIT PEISSON : Poly, un film utile…

NICOLAS VANIER : Même si je n’ai pas la prétention de pouvoir changer le monde avec un film, j’ai toujours espoir de réussir à faire passer quelques messages à un large public… Poly traite de façon très large la relation de l’homme à la nature et plus précisément de l’homme à l’animal. Cette question est malheureusement brûlante d’actualité avec les mutilations dont sont victimes énormément de chevaux en ce moment…  

La maltraitance animale…

NICOLAS : Ce qui est incroyable, c’est de voir qu’en 2020 il y a encore quelques (heureusement) rares cirques qui contraignent les félins par la force à éxécuter des numéros ou que des animaux d’élevage n’aient pas la place nécessaire pour se retourner dans une cage où ils passent toute leur vie ! Ça existe encore et tant que ça existera, il sera primordial d’en parler pour que tout le monde comprenne l’importance du respect de l’animal. On est actuellement au coeur de la 6ème extinction massive des espèces végétales et animales donc il est temps de réaliser que l’on doit repenser notre rapport à la nature… On consomme en 8 mois ce que la planète produit en 12 donc c’est mathématique, ça ne peut pas durer !

La crise sanitaire n’aurait pas pu changer les choses ?

NICOLAS : Dans un monde idéal sûrement… Mais malheureusement, j’étais convaincu qu’elle ne changerait pas grand chose et en effet, je crois que je ne me suis pas trompé… À chaque crise comme celle de la forêt amazonienne ou celle, horrible, des incendies en Australie qui ont fait périr un milliard d’animaux, on espère qu’il y aura un électrochoc mais ce n’est pas le cas. Par contre, bien que ça n’aille pas assez vite à mon goût face à l’urgence de la situation, il faut reconnaître que les choses évoluent grâce à tous ces enfants qui, à l’instar de Greta Thunberg, se bougent déjà pour leur avenir…

D’où l’importance de l’enfance dans vos films…

NICOLAS : Je suis souvent amené à aller dans des écoles, d’ailleurs, pour un crancre comme moi, 7 d’entre elles portent mon nom ! (rires) L’enfance est synonyme d’espoir à mes yeux car c’est l’innocence d’aujourd’hui et le monde de demain. Ce qui m’inquiète par contre, c’est que si l’on en croit les nombreux scientifiques qui prédisent qu’il ne nous reste que 10 à 15 ans pour enrayer le processus irrémédiable de dégradation de la planète, ces enfants là ne seront pas aux manettes à temps… C’est un véritable crime contre l’humanité !

Comment garder la « foi » et l’envie de se battre quand les choses stagnent ?

NICOLAS : J’ai de la passion et de l’amour à revendre pour tous ces pays que j’ai traversés pendant 40 années de ma vie… J’ai en quelque sorte envie de rendre à la nature ce qu’elle m’a donné et je vous assure que j’ai du boulot ! (rires) Alors je n’ai pas le droit de baisser les bras même si j’ai toujours la sensation de ne pas en faire assez… J’agis à mon petit niveau au travers de films et d’actions pour tenter de contribuer à changer les choses, en faisant ce que je sais faire car je suis intimement persuadé que c’est l’union de tous nos différents savoir-faire et de toutes nos forces qui un jour inversera le cours des choses.

Votre prochain film sera une comédie…

NICOLAS : Le cinéma m’a fait découvrir un plaisir presque insoupçonné chez moi qui est de construire des histoires racontées par des acteurs. L’amitié est un thème qui me tient à coeur et il se trouve que l’on m’a proposé une histoire magnifique avec un casting exceptionnel alors je vais réaliser une comédie qui en effet va me faire sortir un petit peu de mon registre et de ma zone de confort… (rires) Je pense que ce sera une expérience enrichissante mais j’ai déjà d’autres idées en tête, plus « conformes » à mes films habituels et d’ailleurs, je vais en exposer une à François incessamment sous peu… (rires)

Nicolas Vanier, le réalisateur…

FRANÇOIS CLUZET : Les gens s’imaginent que pour bosser dans le cinéma il faut avoir un ego surdimensionné alors qu’à l’inverse, pour être capable de créer un « groupe », il ne faut en aucun cas être individualiste… Faire un film, c’est un travail collectif qui repose en grande partie sur le metteur en scène qui doit savoir s’entourer et surtout donner envie aux comédiens de le suivre et de lui ressembler. Avec Nicolas, il est impossible qu’un tournage se passe mal car il a une humanité sincère qui transpire dans chacun de ses actes… C’est d’ailleurs pour ça qu’il est capable de proposer un film comme Poly où les rôles principaux sont tenus par des enfants et des animaux ! (rires) C’est le cas de figure le plus compliqué pour un réalisateur car si un enfant ou un animal ne se sent pas en confiance, il ne fera rien ! Avec Nicolas, ça glisse… C’est comme si les animaux sentaient qu’ils avaient un complice au point que même dans certaines scènes un peu délicates voire dangereuses pour le cheval, rien n’a été compliqué…

Être un acteur qui a le choix…

FRANÇOIS : J’ai fait 5 films avec Claude Chabrol, 3 avec Guillaume Canet et j’en suis à 2 avec Nicolas… Quand quelqu’un que j’admire et qui me rend heureux au travail me propose de tourner, je n’ai aucune raison de refuser ! Que j’aie le rôle principal ou non, rejoindre ces gens qui m’embellissent à l’intérieur et me rendent plus léger est une évidence ! Il n’y a rien de plus doux que de vieillir en se sentant plus léger alors l’idée que Nicolas veuille travailler à nouveau avec moi ne peut que me rendre fou de joie ! 

Le pire qui puisse m’arriver, ce serait qu’il ne veuille plus de moi après un film ! (rires) Les gars comme lui sont rares et donc précieux car il ne se prend pas au sérieux alors que dans le cinéma, c’est plutôt inhabituel que les gens ne prennent pas le melon ! (rires) 

L’égocentrisme n’a jamais fait avancer le monde et au cinéma, il faut, peu importe le nombre de scènes que l’on a, s’évertuer à donner le meilleur de soi  pour essayer de rendre son partenaire meilleur à son tour… Il faut lui offrir quelque chose de tellement sincère et spontané qu’en recevant ça, il répondra instinctivement avec la même générosité et la même nécessité à poursuivre cet échange ! En tant que comédiens, on ne vient pas pour s’exposer devant des caméras, on vient pour se mettre au service de l’imagination d’un réalisateur qui, lui aussi, ne sera que meilleur si on lui donne tout ce qu’on a… C’est un cercle vertueux !

L’acteur doit savoir se faire oublier, il n’est pas là pour faire son numéro… D’ailleurs, les performances d’acteurs à l’américaine sont rares… Tootsie, Madame Doubtfire ou The Mask ont reposé sur les prouesses de leurs comédiens mais ça reste des exceptions. 

L’Actors Studio –  qui a emprunté le savoir-faire du russe Stanislavski – ne s’y est pas trompé en apprenant à ses élèves qu’il ne fallait pas composer son rôle mais le vivre… Ça rend le jeu organique car tout votre corps est dans la situation… 

Et avec Nicolas, c’est très facile à faire ! On travaille le personnage en amont et quand on endosse le costume – comme ça a été le cas dans L’école buissonnière -, on ne se reconnaît parfois même pas ! (rires)

NICOLAS : Ce qui m’a marqué la première fois où François est venu chez moi en Sologne avant le tournage de L’école buissonnière, c’est sa réaction face à une mère et ses marcassins en train de manger dans une fourmillière… C’était incroyable mais je me suis aperçu qu’il ne regardait pas ce spectacle ! Il m’observait moi en train de m’approcher tout doucement des animaux parce qu’il était déjà en train de s’imprégner de tous les gestes qui étaient les miens pour nourrir son jeu ! (rires) J’étais scotché !

FRANÇOIS : Il faut savoir qu’en général, le metteur en scène laisse une part de lui – même toute petite – dans tous les rôles qu’il imagine alors je me facilite la vie en l’observant ! (rires)

Chaque film apporte quelque chose au comédien…

FRANÇOIS : Je suis obsédé par le fait de devenir plus léger, peut-être parce que j’ai eu un passé un peu lourd… Et sincèrement, Poly comme tous les autres films que j’ai pu tourner avant, m’aide à y parvenir… Jouer et partager me rend profondément heureux ! J’ai ce que je rêvais d’avoir, je suis apprécié des spectateurs, j’ai un peu de succès, je suis demandé par des réalisateurs, je peux me permettre de choisir mes films, j’ai la chance de pouvoir m’essayer à tous les registres… Chaque rôle et chaque rencontre m’a nourri et fait grandir…

© Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson au cinéma Pathé Gare du Sud de Nice • Photos droits réservés


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Interview parue dans les éditions n°418 #1, #2, #3 et #4 du mois d’octobre 2020

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