CINÉMA

Clémentine Célarié en interview pour la pièce « Une vie » et son film « Pierre et Jeanne » !

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« Il ne faut jamais s’avouer vaincu ! »

 

Ne pouvoir partager qu’un court extrait de plus d’une heure de conversation aussi intense et enrichissante ne peut qu’être frustrant… Clémentine Célarié en interview c’est un des plus beaux cadeaux que l’on peut recevoir. Une femme vraie, sans chichi, qui dit ce qu’elle pense et qui pense ce qu’elle dit. Si on a choisi de parler en grande partie d’Une vie qu’elle joue seule en scène en ce moment, on ne peut que vous inviter à découvrir sa vision de la vie, son apologie du bordel, son prochain livre ou encore son « immatérialisme »…

 


 

🎟️  Clémentine Célarié dans « Une vie » à Scène 55 à Mougins le 05 octobre 2021 à 20h30 (25.00€) • au Théâtre Toursky de Marseille le 09 octobre 2021 à 21h00 • au Théâtre de l’Olivier d’Istres le 30 novembre 2021 à 20h30 (23.00€)

📚 « Les mots défendus » par Clémentine Célarié à paraître chez Albin Michel le 03 novembre 2021

 

 


 

 

Morgane Las Dit Peisson : Enfin la reprise de la tournée d’Une vie

 Clémentine Célarié : C’est génial, un peu comme un rêve encore fragile… Les gens retournent au théâtre mais on s’aperçoit qu’avec cette crise, il y a encore parfois quelques appréhensions alors que ce n’est pas avec les mesures féroces qui sont mises en place que l’on risque d’attraper quoi que ce soit au théâtre ! Je les encourage vraiment à venir car c’est loin de n’être qu’une simple sortie… Le théâtre part de nous, de notre imaginaire, il entretient notre culture du rêve, de l’ailleurs, de la projection et c’est quelque chose d’essentiel au bonheur et à l’équilibre psychique, on en a besoin pour vivre. Si on méprise ça, je crois qu’on s’éteint petit à petit. Il faut soutenir le spectacle vivant car en le faisant, c’est nous-mêmes que nous soutenons.

 

Le pass sanitaire n’aide pas au remplissage…

Le théâtre en souffre, c’est sûr… C’est un grand fléau pour la fréquentation… Je pense que la vaccination est essentielle mais je comprends que le fait d’avoir une obligation aussi importante que celle-ci pour se rendre au théâtre puisse freiner. En soi, je crois que ce qui dérange le plus les gens c’est l’obligation, la contrainte et pas la vaccination. C’est une question de principe… Le spectacle est un lieu de liberté qui, entre contrôle des billets, fouille des sacs et horaires à respecter se pliait déjà à pas mal de contraintes. À ça, on a ajouté des interdictions, des jauges réduites, de la distanciation, du gel hydro-alcoolique, des masques alors le pass sanitaire a fait, je pense, déborder le vase ! C’est pour ça que quand je vois les salles se remplir, je mesure pleinement les efforts et les concessions que les gens présents ont fait pour venir passer une soirée en notre compagnie… C’est presque miraculeux et c’est enthousiasmant !

 

 

Une période sans scène mais pas sans projets…

Je ne me suis pas arrêtée mais de toutes façons, je ne suis pas certaine d’en être capable ! (rires) J’ai écrit un livre autobiographique Les mots défendus – qui sortira en novembre mais aussi le scenario – avec Jean-Benoît Patricot – de Darius (pièce que j’avais jouée avec Pierre Cassignard au théâtre) ; avec un jeune groupe de cinéastes – dont Balthazar Reichert à la réalisation et Élodie Godart au jeu -, on a fait un film magnifique, indépendant et alternatif avec très peu d’argent et puis, j’ai réalisé mon premier long-métrage, Pierre et Jeanne, grâce à Matthieu Rubin qui l’a produit. Les films en ce moment sont tous dans un entonnoir donc on attend de trouver une place pour pouvoir le sortir ! (rires)

Même si la situation est compliquée pour l’art depuis plusieurs mois, c’est important de continuer à faire, à construire et à imaginer même avec peu de moyens. Ce qu’on peut retirer de positif de l’expérience que l’on a tous vécue, c’est que face à n’importe quelle adversité, il ne faut jamais s’avouer vaincu ! Il faut contourner, s’adapter et surtout ne jamais s’arrêter d’inventer… Enfin, moi je ne peux pas ! Je ne suis pas hyperactive mais j’ai viscéralement besoin de fabriquer perpétuellement des choses… Dans le train, si je n’ai rien à écrire, je me tricote un poncho ! (rires)

 

 

S’adapter artistiquement et personnellement…

Quand Une vie s’est arrêtée, j’ai quitté la maison que je louais à Paris car les finances se sont effondrées mais ce sont des choses dont je me fous royalement ! (rires) La seule chose qui compte vraiment pour moi, c’est la création et chez moi, où que ce soit, ça ressemble toujours à un atelier de créativité. J’aime entendre un de mes fils jouer de la batterie dans un coin pendant que l’autre crée des décors de théâtre… Parfois, on ne peut plus bouger dans la pièce mais j’aime ça ! (rires) D’ailleurs, j’en parle dans mon prochain bouquin où je fais l’apologie du bordel ! (rires) Quand il y a du bordel, c’est qu’il y a de la vie et puis ça permet de ranger vraiment, d’en faire une fête ! (rires) Alors que si on range tous les jours, ça se banalise et moi, je n’aime pas ça, j’ai besoin que les choses deviennent des évènements ! (rires)

 

 

Maupassant est au cœur de vos travaux : Une vie au théâtre, Pierre et Jeanne au cinéma…

Quand j’avais 16 ans, Maupassant m’a complètement frappée car c’est lui qui m’a donné envie de faire ce métier ! J’avais vu les Contes de la bécasse à Lille avec ma mère et ça m’a foudroyée ! J’ai ce soir-là compris que ce serait ça ma vie… Cet autre monde en chair et en os qui se dessine sous nos yeux et ce que raconte Maupassant, ces extrêmes, ces excès, ce sacré, cette beauté, cette douceur, cette sensualité, cette passion… C’est comme un volcan ! Depuis cette rencontre, il ne m’a jamais quittée, surtout dans les moments difficiles. C’est comme un partenaire de vie, peut-être même ma plus grande histoire d’amour…

 

Dans Une vie vous incarnez Jeanne à tous les âges, presque comme si vous campiez plusieurs personnages…

C’est complètement dingue à jouer parce que ce que le texte dit est dingue ! C’est drôle que vous le décriviez comme ça parce que c’est ça, ce personnage me fait voyager à travers plein de vies… C’est le destin d’une femme, c’est universel, intemporel et d’une richesse folle à incarner ! Je passe de la petite jeune fille innocente et pleine d’espoir à la vieille dame affaiblie par les malheurs en passant par des moments de joie absolue et de terribles désillusions… Jeanne attend énormément de la vie, elle croit en elle, elle la vit pleinement alors forcément, elle ne peut que tomber de très haut, ce qui ne l’empêche pas de se redresser pour se remettre à espérer. Ce que j’aime en Jeanne c’est qu’elle ne se laisse jamais abattre et que peu importe les épreuves qu’elle traverse, elle en tire un bénéfice, un apprentissage. Je crois énormément en ça… « Tout ce qui ne te tue pas te rend plus fort » et « Le chemin de la vie est le même qu’on le passe en riant ou en pleurant » sont mes leitmotivs ! La souffrance fait partie de la vie et il faut l’admettre. Ceux qui refusent de parler de la douleur comme de l’âge n’ont rien compris à l’existence ! La vie est faite de hauts et de bas mais il faut les traverser, les affronter et s’en nourrir ! On ne peut pas fermer les yeux parce que c’est « anxiogène » et attendre que ça passe miraculeusement.

 

 

Vous êtes pleinement dans la vie mais ne pouvez pas vous passer de l’échappatoire qu’est l’art…

Je vous avoue que j’ai besoin en effet de vivre dans l’irréalité car je ne suis pas toujours à l’aise dans la vraie réalité et les rapports sociaux classiques… Je n’aime pas aller dans des dîners car j’ai toujours l’impression qu’il va falloir faire bonne figure et être dans le contrôle. J’aime mieux rencontrer et découvrir des gens à travers leur travail artistique, peut-être parce que j’aime mieux rêver ma vie que de la vivre. Seuls mes enfants m’ont « obligée » à être ancrée quand ils étaient jeunes mais maintenant qu’ils sont grands, on vit autre chose ensemble… On crée, on débat, on continue le rêve et ça me remplit de joie ! C’est ça qui m’anime. Je n’ai pas le sens matériel, cette conscience de la sécurité et de l’avenir, je ne rêve pas de posséder, d’amasser et de m’installer définitivement quelque part. Ce qui me fait vibrer, c’est de dénicher des lieux où je vais pouvoir rester quelques temps pour y accueillir des lectures, des résidences, de la musique…

Je ne départage rien. L’art est ma vie, ma vie est un immense atelier créatif… Ma vie c’est d’être sur scène, c’est de chanter avec mes copains les gitans ou avec mes fils, c’est d’écrire, de tourner, de réaliser, de rencontrer des talents et d’échanger avec eux ! Si un jour je n’en suis plus capable, je pense que je m’éteindrais…

Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson pour Le Mensuel / Photos par Bruno Tocaben & Photo Lot

 


 

Interview parue dans Le Mensuel n°424 d’octobre 2021

 

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