COUPS DE COEUR

Antoine Pasquier en interview pour la Fête de la Science !

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« Doctorant et Coach/analyste professionnel de Fortnite ! »

 

Antoine Pasquier, alias « Papasss », est doctorant en agrosciences à l’Institut Sophia Agrobiotech (INRAE – CNRS – UCA), coach/analyste professionnel de Fortnite pour l’équipe de Solary mais également commentateur de compétitions de jeux vidéo !
À l’occasion de la Fête de la Science 2021, Antoine Pasquier a partagé au travers de la BD Sciences en Bulles sa thèse pour pouvoir la rendre plus accessible au grand public.

Sa thèse : 
De la preuve de concept à l’optimisation : utilisation d’une espèce d’acariens prédateurs du sol comme moyens de lutte alternatif aux pesticides chimiques contre un ravageur des racines du maïs : la Chrysomèle des racines du maïs.

Pour nous transmettre cette passion du savoir, de la recherche et de la constante remise en question des acquis, nous avons interrogé le doctorant en agrosciences passionné et passionnant Antoine Pasquier, qui explique avec simplicité ses recherches et son engagement dans la Fête de la Science. 

 


 

 

« J’aime à dire que si la recherche et la science avaient une place plus importante dans la société, celle-ci s’en porterait beaucoup mieux »

 

Delphine Goby O’Brien : La Fête de la Science ?

Antoine Pasquier : Faisant partie d’une association de doctorants et jeunes chercheurs, qui faisons pas mal d’évènements de vulgarisation scientifique, j’ai pu être en contact avec l’Université Côte d’Azur, qui m’a transmis cette information concernant la Fête de la Science et la BD Science en Bulles : Eurêka (BD que vous pourrez retrouver sur les évènements de la Fête de la Science) dont le but est de proposer, sous forme de bande dessinée, 10 sujets de thèse. J’ai donc participé à cette expérience qui propose de sensibiliser et intéresser les jeunes à la science.

Les plus jeunes sont curieux, en réalité, la curiosité c’est assez inhérent à l’Humain mais je pense que l’on perd cette curiosité au fur et à mesure alors je trouve que sensibiliser ces jeunes est très important.

Je le vois d’ailleurs, quand je diffuse – puisque je suis en direct devant plusieurs centaines de personnes – et que je parle de ces sujets de recherches, qui ne concernent donc pas Fortnite, et bien certains de ces jeunes sont tout de même intéressés, ils veulent aller voir plus loin…

Je pense donc que les gens, les jeunes en particulier, aime savoir ce que fait la recherche, ce que fait la science, cela aide à développer leur esprit critique, peut-être aussi qu’ils s’y intéresseront pour leurs études…

J’aime à dire que si la recherche et la science avaient une place plus importante dans la société, celle-ci s’en porterait beaucoup mieux parce que la démarche scientifique a été approuvée et éprouvée depuis des années et il serait bénéfique pour celle-ci d’optimiser cette démarche d’esprit critique, de vérifier les sources, de vérifier les données…

Parlez-nous plus de Science en Bulles…

Il a fallu vulgariser, puisque l’illustrateur Peb & Fox , n’était pas forcément scientifique, on a fourni un résumé de la thèse puis on a fait une visio-conférence (car c’était pendant le confinement) pour expliquer, savoir ce que lui avait compris, les questions qu’il avait…car c’est tout de même un sujet assez complexe. Et puis il y a toujours un risque, en vulgarisant, de dire des choses qui sont fausses, et ça en tant que scientifique, ce n’est pas possible ! (rires). Et puis avec le fait que cela soit illustré, et bien parfois, il y a des choses dans nos discours que l’on pensait être claires, (en tout cas pour l’illustrateur et moi) et qui une fois dessinées ne le sont pas. Donc il fallait être juste au niveau scientifique, y compris dans la façon d’illustrer.

« Cela va apporter de la bio masse dans le sol, et pourquoi pas le redynamiser »

Sur quoi porte votre thèse ?

Elle porte sur les acariens prédateurs, déjà présents dans le sol en petite quantité, qui pourraient attaquer les organismes qui attaquent les racines du maïs. Ces acariens, s’ils sont en plus grand nombre, pourraient protéger les racines du maïs de ce ravageur.

 

Mais pourquoi mettre cela au point ?

Le maïs est aujourd’hui protégé  des attaques de ravageurs pratiquement que par des produits chimiques, ce qui a pas mal endommagé la biodiversité, il y a donc peu de risque que nos petits acariens nuisent à cette biodiversité puisqu’il n’y a pas beaucoup de diversité dans les champs de maïs en général… Et même au contraire, cela va apporter de la bio masse dans le sol, et pourquoi pas le re-dynamiser.

 

Ces ravageurs ne sont présents que sur le maïs ?

On a vu qu’ils peuvent également se nourrir de mauvaises herbes mais on a observé qu’ils sont également capables de s’adapter et de se nourrir de soja. Mais on ne sait pas encore si le prédateur, l’acarien que l’on étudie, peut également agir sur d’autres cultures.

 

Vos études ont été faites sur du maïs génétiquement modifié ?

Puisque les recherche n’ont été faites que sur des champs en Europe, et que la réglementation l’interdit, on a donc effectué nos recherches uniquement sur du maïs non OGM.
Mais, tout comme il s’adapte aux rotations de cultures (maïs/soja), on observe qu’il s’adapte également aux OGM et même aux pesticides chimiques… Il est coriace !

 

Comment arrive-t-on à ces recherches ?

J’ai fait une licence de biologie, puis un master de gestion de l’environnement et développement durable et je me suis intéressé au biocontrôle, à la recherche fondamentale mais aussi de la recherche appliquée, qui peut être mise en place en entreprise, par exemple. L’envie de protéger l’environnement, utiliser moins de pesticides chimiques, tout en faisant gagner de l’argent à des entreprises, à des gens et puis protéger la santé des agriculteurs, des consommateurs, tout cela sont des domaines qui m’ont attirés.

 

La suite ?

Nous venons de créer une entreprise avec Lucie Monticelli, avec laquelle je travaille maintenant, pour justement produire et vendre ces organismes. Nous avons d’ailleurs reçu un Grand Prix lors du Concours National d’Innovation i-PhD, donc nous sommes parmi les 10 projets les plus prometteurs en France ! 

Grâce à cela, nous avons un appui très important de BPI France (Banque publique d’investissement) ce qui va nous permettre de travailler sur le domaine de l’entreprenariat.

 

Comment les acariens se produisent ?

Après une phase d’études en laboratoires, on passe à la production, (à des échelles plus importantes) qui se fait dans ce que l’on appelle des usines, des unités de production d’acariens afin de les vendre aux agriculteurs qui pourraient les utiliser pour protéger leurs cultures.

« J’ai répondu à une offre de poste bénévole qui a évolué en poste professionnel »

Antoine, vous êtes « Papass », coach pro ?

Et oui ! Je suis coach et commentateur de compétitions de jeux vidéo. Car en plus de la science, je me passionne pour le E-Sport (Electronic Sports) qui est tout simplement de la compétition de jeux vidéo, et en particulier au jeu Fortnite ! Je coache donc des joueurs de très haut niveau – puisque certains d’entres eux ont fini 6è au dernier championnat d’Europe – de l’équipe Solary qui est l’une des plus importante de France.

 

Comment devient-on coach de jeux video ?

J’ai toujours joué aux jeux video, et ce que j’aime particulièrement (y compris dans la vie de tous les jours) c’est le côté analyse, réflexion, stratégie… C’est précisément ce que l’on retrouve dans les jeux. En m’y intéressant un peu plus au fil du temps, j’ai répondu à une offre de poste bénévole qui a évolué en poste professionnel, avec pour tâche, l’élaboration de nouvelles stratégies, de la réflexion sur le jeu, afin de coacher les joueurs.

 

Fortnite ?

On joue seul ou en équipe, et le but de Fortnite est d’être le dernier en vie. On appelle ce type de jeu un battle royal (comme le film Hunger Games par exemple). Pour cela il faut trouver de quoi se soigner, de quoi se protéger – on doit récupérer des ressources pour se protéger des attaques des autres joueurs – et récupérer des munitions. Le souci est de faire tout cela quand face à soi on a les 100 meilleurs joueurs européens dans une seule partie… et bien là, cela devient plus compliqué ! (rires)  Le coach intervient en ayant un point de vue externe, pour accompagner le joueur afin justement qu’il ne néglige aucun petit détail qui pourrait nuire à sa survie !

 

On coach en « live » ?

Non parce que d’une part, on n’est pas forcément à côté géographiquement l’un de l’autre et puis aussi surtout parce que lors des compétitions officielles – par exemple les championnats du monde en 2019 – le coach n’a pas le droit d’intervenir, que ce soit pendant les parties, mais également entre les parties (là, il y avait par exemple 6 parties d’affilé). Donc on travaille en amont, en visualisant les parties qu’ils ont déjà faites, en essayant d’améliorer certains points, en donnant une autre vision au joueur.

 

Commentateur ?

Solary diffuse les parties de ses joueurs, en direct, et moi j’ai plutôt un rôle d’expertise, je commente ce que les joueurs sont en train de faire ou auraient dû faire. Selon les parties et les compétitions l’audience varie, mais j’ai été amené à commenter devant 30 000 personnes.  On streame sur la plateforme Twitch, cela permet d’interagir avec les gens qui regardent la compétition et ça, c’est vraiment ce que j’adore ! Voilà pourquoi rejoindre l’équipe Solary pour faire mes analyses était vraiment quelque chose qui me tenait à coeur, puisque le fait de diffuser et de streamer c’est une particularité de l’équipe ! Partager, récupérer des informations pertinentes des viewers, réfléchir ensemble et dialoguer c’est très agréable et intéressant !

© Delphine Goby O’Brien pour Le Mensuel

 


 

Interview parue dans Le Mensuel n°424 d’octobre 2021

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