INTERVIEW

Anne Paceo en interview

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Du haut de ses trente-deux ans, c’est une quarantaine de pays dans le monde qu’Anne Paceo a déjà foulé tant pour le plaisir que pour jouer de la batterie… Car si dans notre imaginaire commun, on a la fâcheuse tendance à se représenter un gros tatoué aux commandes de cet instrument, la compositrice et musicienne française prouve que non seulement une jeune femme est tout aussi capable qu’un homme de maîtriser l’art de la baguette, mais également que cet instrument souvent relégué en fond de scène a toute sa place au premier plan. À l’origine du projet Circles, la batteuse nous invite à partager sa propre vision d’un monde à qui il ne manque pas grand chose pour tourner rond…

Circles
À Cannes le 10 novembre 2016

 


« J’avais envie que cette musique s’adresse avant tout aux sens plutôt qu’au cerveau ! »


Quand on tourne dans le monde entier mais que l’on fait des allers-retours express, on arrive tout de même à s’imprégner des ambiances ?

Anne Paceo : En effet, parfois on a la chance d’avoir un petit peu de temps pour visiter mais en règle générale, ça passe très vite ! Par contre, c’est vrai qu’on ressent à chaque fois l’atmosphère du pays où l’on se trouve parce que le public va parler une autre langue et parce que l’accueil sera différent selon les régions du monde… Il y a des lieux comme ça que je me suis promise de revenir visiter tant ils m’ont charmée. Peut-être aussi que le fait d’y rester à peine quelques heures nous oblige incon- sciemment à être encore plus à l’écoute…

Votre musique est un véritable melting-pot, ce n’est pas un mythe, les voyages inspirent réellement ?

Je pense que sans m’en rendre vraiment compte, tous les voyages et toutes les rencontres m’ont apporté petit à petit ces sonorités si variées. Et puis, c’est vrai que j’aime bien rapporter dans mes bagages des trouvailles que je chine chez les petits disquaires qui existent encore à l’étranger en Inde, en Algérie ou en Côte d’Ivoire…

On vous « range » dans la catégorie Jazz alors que ça effraie certaines personnes et que c’est réducteur…

C’est vrai que c’est dommage car ma musique vient de partout et je rêve qu’un jour, les gens aient envie d’écouter et de ressentir sans se poser la question de l’étiquette à mettre dessus. C’est étrange parce que cet art est bien connu pour franchir les frontières terrestres et nous, on lui en recrée en le sectorisant, en le divisant.

Avoir choisi de faire appel à une vocaliste accentue justement l’aspect instinctif de votre musique car ça s’adresse aux sens et ça privilégie l’imaginaire…

Exactement et ça n’impose aucune histoire à personne… Leïla Martial se sert, sur l’album Circles, de sa voix comme d’un pur instrument. Elle est capable d’apporter à chaque composition des couleurs, des ambiances et des textures uniques ! Ça accentue vraiment le fait que j’avais envie que cette musique s’adresse avant tout aux sens plutôt qu’au cerveau ! (rires) J’aime qu’elle touche les gens et qu’elle provoque des émotions car pour moi, c’est ça l’essence même de l’art… C’est d’ailleurs pour ça que j’ai parfois un peu de mal avec certaines oeuvres d’art contemporain qui cherchent trop à intellectualiser et à conceptualiser. Je suis une instinctive dans mes compositions et dans mon rapport à la musique, ça apporte peut-être quelque chose de plus frais.

Vous jouez de la batterie qui un instrument sans note mais vous composez…

Comme j’ai ce handicap, je me trouve un peu plus « limitée » dans l’écriture… Je ne sais pas composer des choses trop compliquées par contre, comme une personne qui souffre de surdité et dont les autres sens vont se développer pour compenser ce manque, j’ai la capacité, je crois, d’aller à l’essentiel.

On a toujours eu l’impression que la batterie n’était pas un instrument de femmes…

C’est vrai que la batterie souffre de ce préjugé assez tenace ! (rires) On a tendance à l’associer à la force, à la puissance et à la virilité alors qu’heureusement, c’est un instrument qui propose bien plus de nuances que ça. Mais cette idée reçue est très culturelle, elle a été influencée par les images que l’on a vues des groupes de pop rock mythiques comme les Beatles ou les Rolling Stones alors qu’au Maroc par exemple, il y a beaucoup de femmes percussionnistes. Pour être batteuse, il faut certes être en forme, mais ça ne nécessite pas une force physique démentielle ! (rires) Et puis il y a des batteurs qui ont un jeu extrêmement doux et sensible… C’est vraiment une question de personnalité avant tout.

Vous tournez avec votre album Circles et votre groupe mais continuez également à jouer avec d’autres musiciens dans d’autres projets…

Je continue à jouer pas mal pour les autres car c’est important pour moi. Je crois que si je me cantonnais uniquement à mes projets, je serais sincèrement malheureuse… J’aime me nourrir de la musique des autres, apprendre à leur contact et m’adapter à leurs besoins comme les musiciens qui m’accompagnent se sont adaptés aux miens…

Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson • Photo droits réservés

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