INTERVIEW

Amir en interview

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Depuis que nous avons discuté avec lui, à l’été 2015, de son 1er album Au coeur de moi alors en pleine préparation, la carrière du finaliste de The Voice 3 n’a cessé d’évoluer… Représentant officiel, l’an dernier, de notre pays au concours de l’Eurovision, Amir a achevé de charmer la France certes, mais également une grande partie de nos voisins européens qui ont hissé sa chanson J’ai cherché au 6ème rang d’un classement qui depuis trop longtemps, ne tournait plus du tout à notre avantage. Confirmant que cet engouement n’avait rien d’un coup de chance, son second titre On dirait a envahi les ondes, ses concerts déplacent les foules et Les Enfoirés l’ont invité à les rejoindre cette année…

 

⇒ À Nice le 04 février 2017

 


« Je suis vraiment comblé car c’est sur scène que je me sens le mieux, je m’y sens chez moi… »


 

Morgane Las Dit Peisson : Depuis notre première interview en juillet 2015 pour la sortie du single Oasis, beaucoup de choses se sont passées…

Amir : Ah oui ! En effet ! (rires) C’est marrant de discuter avec quelqu’un qui était là au tout début car la plupart des gens avec qui je parle m’ont découvert grâce à l’Eurovision. Par contre, ça rappelle comme le temps passe vite et ça, c’est un peu plus effrayant ! (rires)

En parlant d’Eurovision, il faut te remercier car grâce à toi, la France a enfin retrouvé une place honorable dans le classement !

(rires) C’est gentil ! Mais objectivement, si j’ai réussi à arriver 6ème l’an dernier, c’est avant tout grâce à la Nation qui s’est mobilisée autour de ma chanson et qui m’a donné envie de me battre pour ce concours. Sincèrement, sans recevoir toute cette force de la part des français, sans se sentir soutenu, je suis persuadé qu’avec la même chanson et les mêmes conditions, j’aurais pu arriver dernier… On l’a vu pendant les années qui m’ont précédé, il y a eu des chansons magnifiques et des voix superbes mais il a manqué cette alchimie, cette magie qui ne peut s’expliquer. J’ai une chance incroyable que toute la France ait été au rendez-vous à mes côtés. Grâce aux médias, à l’ambiance et aux réseaux sociaux, j’ai vraiment ressenti que je n’étais pas seul et j’ai reçu énormément d’amour.

Preuve ultime que les français vous ont adopté, vous venez de faire votre entrée aux Enfoirés…

J’en suis ravi et sincèrement, on vient de vivre des moments formidables à Toulouse ! Ça s’est très bien passé et c’est justement ça qui est complètement incroyable une fois qu’on connaît l’envers du décor ! On n’a que très très peu de temps pour apprendre et répéter avant les concerts alors c’est en arrivant, sur le tas, qu’on découvre réellement ce qu’on va devoir faire et c’est à partir du 2ème concert qu’on s’améliore et qu’on devient plus à l’aise…

Le travail de préparation est extrêmement différent de celui auquel tout artiste est habitué quand il monte sa propre tournée…

On répète beaucoup tout seul, on chante les morceaux et on révise les sketchs dans notre chambre d’hôtel et c’est vrai que quand on arrive sur place pour rejoindre la troupe, même si l’ambiance est hyper festive et détendue, on se doit de rester très concentré et à l’écoute car on a, pour certains passages du spectacle, qu’une à deux répétitions avant de les présenter à plus de 7000 personnes ! Du coup, ce qui est essentiel aussi dans Les Enfoirés, c’est la capacité d’improvisation alors ça peut inquiéter un peu au début, mais ça fonctionne à merveille depuis 31 ans ! (rires)

Et derrière le plaisir des concerts des Enfoirés, il y a les Restos du Cœur…

C’est vrai que sur scène, on prend un plaisir monstre mais on n’oublie pas pour autant pourquoi on est là… Bien sûr, il y a énormément de causes qui me touchent mais malheureusement, par manque de temps, je suis obligé de faire des choix… Je ne sais pas si je suis plus touché par Les Restos du Cœur que par une association qui aide à lutter contre le cancer ou l’éducation des enfants mais la manière dont l’action des Restos est menée m’a donné envie de me démener. On peut suivre clairement à quoi servent les fonds, c’est palpable, on sait que c’est efficace et c’est certainement une des premières raisons pour lesquelles j’ai tenu à m’engager. On n’a pas l’impression de travailler dans le flou et c’est ce qui m’encourage le plus à m’investir. En venant faire la seule chose que je sais faire, chanter, je prends du plaisir, j’en donne un peu à un public qui a fait le déplacement et surtout, ça sert à faire quelque chose de vital. C’est vraiment gagnant gagnant !

Contrairement à un concert solo habituel, il y a, sur Les Enfoirés, plus de comédie, d’humour et d’autodérision…

Là c’est vrai qu’il faut une bonne dose d’autodérision quand on accepte de se lancer là dedans sinon on devient vite inutile dans le spectacle ! (rires) Mais c’est quelque chose avec lequel j’ai toujours été très à l’aise, je n’ai jamais aimé me prendre au sérieux ! Par contre, pour être honnête, je ne peux pas dire que je suis né pour faire des sketchs ! (rires) Vous ne devriez pas me retrouver prochainement à l’affiche de mon premier one man mais ça reste un exercice très intéressant que proposent Les Enfoirés.

En concert avec votre propre tournée, il devrait y avoir un peu moins de monde dans le tourbus…

(rires) Ah oui en effet, je suis un peu moins « nombreux » sur la tournée que j’ai entrepris depuis le mois d’octobre mais ce n’est pas pour autant un travail solitaire, on est juste en comité plus restreint ! (rires) Je suis en compagnie de mes musiciens que j’adore, de l’équipe technique et surtout d’un public qui répond présent à chaque concert. C’est incroyable l’amour et la joie qui règnent chaque soir… Je crois d’ailleurs que c’est en grande partie grâce à ce qui se dégage sur scène et dans la salle que les Restos du Cœur m’ont contacté. Ce qui compte avant tout pour moi n’est pas de chanter une chanson à la perfection mais de véhiculer des émotions et être dans le partage et la générosité. Que ce soit avant, pendant ou après les concerts, dans le tourbus, à l’hôtel ou quand on rencontre les gens, du matin au soir, tout n’est que joie et festivité, il y a beaucoup de smile et de soleil… Je suis vraiment comblé !

À l’époque de notre première rencontre, l’album Au cœur de moi était en préparation et la scène vous manquait… C’est vraiment là qu’on se sent le mieux ?

C’est réellement sur scène que je me sens en effet le mieux, je m’y sens chez moi. D’ailleurs, je crois qu’inconsciemment, tous les titres de l’album ont été conçus en prévision de ce rendez-vous en live et du plaisir que les gens allaient peut-être éprouver en les chantant. Maintenant, quand je monte sur scène et que je me rends compte que l’équation fonctionne, je trouve ça rassurant et très gratifiant… Ce que je ressens lorsque le public, dans n’importe quel recoin de la France, reprend en chœur mes chansons est quasiment indescriptible tant c’est à la fois si magique et si palpable.

Entendre une salle chanter est déjà très émouvant mais quand on écrit soi-même ses textes, ce doit être troublant…

Clairement ! C’est si étrange… On se rappelle du jour où on l’a écrit, on connaît son cheminement, ses enjeux et surtout ce texte que l’on a pensé et façonné est une partie de nous, il est une petite phase de notre vie alors réaliser que ces mots que l’on a choisis peuvent toucher et émouvoir d’autres personnes que nous ou nos proches, peut parfois sembler surréaliste ! C’est amusant parce qu’on réalise qu’aussi personnelles qu’elles soient à l’origine, nos chansons finissent par ne plus nous appartenir dès que des gens commencent à les aimer. C’est un peu comme un enfant, on lui donne toute notre attention jusqu’à recevoir la plus belle récompense : le voir réussir son parcours et pour une chanson c’est pareil, on est heureux quand quelqu’un d’autre que nous y est sensible et la fredonne.

En ça, le titre de l’album Au cœur de moi est très bien choisi puisqu’il livre ce que vous aviez au plus profond de vous et s’adresse directement au cœur des autres…

Je vous avoue que c’est exactement ce que je souhaitais car c’est toute la différence que je fais entre m’exprimer en parlant et m’exprimer en chantant. Même si je peux expliquer tous les messages que contiennent mes chansons, aucun mot ne sera aussi fort que l’effet que peut produire un morceau qui, lui, réussit à transmettre des émotions incroyables en s’adressant, en effet, au cœur des gens. En chantant, il n’y a plus de pudeur, plus de barrières…

Musicalement, ce qui surprend, c’est ce mélange réussi de pop, d’electro et de textes en français…

C’est un joli compliment car ça a réellement fait immédiatement parti du cahier des charges lors de la création de l’album. Je voulais vraiment rejoindre le monde de la variété française avec de beaux textes tout en utilisant une musique anglo-saxonne efficace à laquelle j’ai toujours très fortement adhéré mais sans qu’un des deux aspects prenne le pas sur l’autre. Alors quand c’est reçu comme ça, c’est encourageant car ça signifie que ma « mission » a été accomplie.

Les textes de l’album prouvent que la pop peut ne pas être que synonyme de danse et de légèreté… Il y a une certaine nostalgie et une mélancolie qui émanent de l’album en particulier sur le titre dédié à votre père, À ta manière…

Franchement, c’est plaisant d’entendre ça car c’est exactement ce que j’espère que les gens ressentent en écoutant l’album… On sait qu’il y a une facilité à tomber dans des textes futiles sur des sonorités pop et c’est ce que je désirais éviter à tout prix ! Je ne voulais pas tomber dans la caricature en parlant de la façon dont une nana bouge son corps sur le dancefloor uniquement parce que ma musique était rythmée ! (rires) Je n’aurais pas pu être à l’aise dans ce type de registre car même si je cherchais à faire danser les gens, je souhaitais avant tout apporter une valeur ajoutée à l’auditeur en lui proposant un message. Et peut-être que grâce à la musique qui le transporte rythmiquement et le fait danser, l’âme du morceau le pénètre encore plus rapidement et plus intensément.

Ce n’est, c’est vrai, pas le plus facile à faire car souvent les mots ont tendance à perdre de leur impact quand la musique est rythmée alors il a fallu trouver la manière de faire cohabiter ses deux aspects qui ont, à mes yeux, autant de valeur l’un que l’autre. Maintenant que j’ai l’impression d’avoir atteint ce but dans ce premier album, le plus difficile va être de réussir à nouveau cet heureux mariage dans le second… (rires)

© Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson • Photo Renaud Corlouer

Interview n°996 parue dans Le Mensuel de février 2017 n°378 éditions #1 et #2

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