INTERVIEW

Alex Lutz en interview

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Bien que son CV puisse faire pâlir d’envie n’importe quel octogénaire hyperactif, Alex Lutz – qui vient de faire son entrée dans le club des quadra – n’est « qu’à » la tête de son second spectacle ! Après avoir consacré une grande partie de son temps à la mise en scène et à l’écriture pour d’autres et après avoir fait voyager son premier one-man pendant 10 ans, l’humoriste – dont le second film Guy sera disponible en DVD dès le 09 janvier – est revenu sur les planches avec une nouvelle création où, entre drôlerie et incarnation, il a choisi d’inviter sur scène l’allégorie qui clôturait son précédent spectacle en la personne de Nilo, son cheval blanc…

 

ALEX LUTZ pour son nouveau spectacle À ANTIBES LES 18 & 19 JANVIER • À FRÉJUS LE 20 JANVIER • À MARSEILLE LE 28 MARS

 


« Je vois vraiment la scène comme un refuge… »


MORGANE LAS DIT PEISSON QUELQUE CHOSE ME DIT QUE VOUS ÊTES QUELQU’UN D’UN PEU TRAQUEUX…

ALEX LUTZ : (rires) Certaines personnes ont la chance de ne pas avoir tout le temps le trac mais moi, je dois avouer qu’il ne me quitte jamais ! Jouer dans des lieux comme Ramatuelle ou L’Olympia, c’est merveilleux évidemment mais quand on est très traqueux, ça semble avant tout vertigineux ! (rires) Line Renaud a dit « Bon sang de bois, ça ne sert à rien ! » et je crois qu’elle avait tout à fait raison bien qu’elle l’ait toujours elle aussi ! (rires) En réalité, ça ne se contrôle pas vraiment, on a tous des façons différentes d’appréhender la scène et même si notre cerveau fait son maximum pour être « rationnel », il ne peut pas modifier à 100% ce que l’on ressent… Certains artistes sont détendus, d’autres complètement éteints, d’autres encore sont électrisés avant de monter sur scène… Il n’y a pas de règles.

UN TRAC QUI NE VOUS ÉLOIGNE HEUREUSEMENT PAS DE LA SCÈNE…

Je vois vraiment la scène comme un refuge, une famille… Je pourrais, si j’y étais contraint, arrêter beaucoup de choses mais le théâtre, je crois que ce serait très difficile pour moi… Bien sûr il y a ce besoin presque viscéral de regoûter constamment à l’énergie que procurent les planches mais pas seulement. J’aime tous les postes et je me sens aussi vivant quand je joue, quand j’écris ou quand je mets en scène…

DES MÉTIERS AUSSI IMPRESSIONNANTS QUE FRAGILES…

Je crois qu’au théâtre comme au cinéma, c’est peut-être ce qui m’attire le plus… C’est un jeu d’équilibre entre la puissance des sensations, la fragilité de la création et le labeur de l’artisanat. Sur un film, on assiste au ballet d’une fourmilière humaine formée d’artisans qui ont tous accepté de travailler ensemble sur un seul et unique projet qui comporte, quant à lui, autant de grandiose que de futilité. On ne sauve pas des vies avec nos métiers mais on soulage parfois un peu les coeurs et c’est pour ça, je pense, qu’on est capable de nombreux sacrifices pour travailler dans le domaine artistique. On amène juste un peu d’émotion, qu’elle soit drôle ou qu’elle soit un peu plus « à la gorge » et c’est chouette de pouvoir faire ça.

UN TRAVAIL QUI PERMET DE SE RÉUNIR ET DE S’ÉVADER…

Ce qu’il y a de merveilleux dans une salle de spectacles, c’est que l’on a des centaines de destins croisés… Des gens qui se sont disputés sur la route, des gens malades, des divorcés, des gens qui sont sortis de leurs difficultés et d’autres qui ne savent pas encore qu’ils vont y entrer… Le théâtre qui réunit tous ces  êtres qui ne se connaissent pas devient une véritable parenthèse, un moment un peu sanctuaire où tout à coup, on met tout sur pause à heure fixe et on est assis, égaux et ensemble pour regarder dans la même direction. C’est de plus en plus précieux à mes yeux car de plus en plus rare… Il existe désormais peu d’endroits qui permettent ça, si ce n’est à la messe ! (rires) Aujourd’hui, on peut même se permettre de louper les choses et de les rattraper sur un téléphone alors observer que ce besoin d’être ensemble a traversé les siècles, est quelque chose de plutôt rassurant.

LE VIVRE ENSEMBLE…

C’est une valeur essentielle mais c’est si facile aujourd’hui de brocarder le vivre ensemble que ç’en est presque devenu ricanant et insultant ! Ce n’est pas une idée de « bobo », c’est quelque chose que l’on sait pertinemment difficile, c’est quelque chose qui demande beaucoup de travail sur soi et de tolérance mais, quand je vois des salles pleines d’inconnus, je me dis que c’est possible…

DÉCOUVRIR QU’ON EST FAIT POUR RACONTER DES HISTOIRES…

Avant tout, on aime se les faire raconter et petit à petit, sans qu’on s’en rende vraiment compte, ça vient… J’ai commencé en faisant beaucoup de mises en scène et d’écriture puis, l’âge aidant, je me suis un peu réconcilié avec l’envie et le plaisir d’incarner pour porter, très modestement, ces petites histoires aux gens en essayant de provoquer leur imaginaire.

LE COMÉDIEN EST RAREMENT DANS SA TOUR D’IVOIRE…

C’est complètement vrai et à tort, on s’imagine souvent l’inverse ! Un comédien est avant tout une énorme éponge qui absorbe tout, c’est en général un ultra sensible qui s’oublie littéralement sur scène pour donner vie à un personnage qui s’humanise à travers ses propres traits et les attitudes des gens qu’il a observés. On ne peut pas incarner ses semblables si on s’estime différent d’eux.

UN NOUVEAU SPECTACLE OÙ VOUS N’ÊTES PAS VRAIMENT SEUL EN SCÈNE…

En effet ! (rires) Je suis en tournée avec un cheval et pourtant, ce n’est pas un spectacle de démonstration équestre… Il est une présence poétique et symbolique, il est là par petites touches pour évoquer des jeux de miroirs où il prolonge mes propos et il amène toute sa beauté, sa dignité et sa simplicité. C’est un véritable partenaire de jeu et je l’aime comme tel. D’ailleurs, le cheval est une bête à la fois si forte et si fragile qu’il nous fait prendre conscience de beaucoup de choses sur nous, êtres humains… Au delà de nos immenses différences, je vois des liens très forts entre le cheval et l’homme… En tous cas, moi, ça me raconte une histoire quand je le vois…

© Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson au Festival de Ramatuelle • Photos Truong-Ngoc, Carpentier, Gilli


Interview parue dans les éditions n°398 #1, #2 et #3 du mois de janvier 2019

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