- lecture / roman
- paru le 01 avril 2026 chez Albin Michel
- 288 pages / 21.90€
« Submersion » de Marc Dugain paru chez Albin Michel
Plus vrai que nature
Dès les premières pages, Submersion s’avance comme un roman-fiction, qui regarde malgré tout de très près le réel. La fameuse formule « toute ressemblance avec des personnes existantes » pourrait presque servir d’avertissement tant Marc Dugain – l’auteur – s’amuse à brouiller la frontière entre fiction politique et chronique de notre temps. Le décor évoque sans détour les plus hautes sphères du pouvoir français, les figures qui s’y croisent – sans jamais être nommées – ont des airs connus, et l’époque, volontairement floue, semble appartenir à un futur si proche – on a affaire au successeur de Trump tandis que Poutine est toujours là – qu’il ressemble déjà au présent.
Au cœur de l’Élysée, de cabinets et de cellules de crise, l’auteur peint avec une ironie mordante les réflexes d’un gouvernement davantage occupé à gérer sa communication, qu’à affronter les secousses du monde. On s’émeut tard, on réunit beaucoup, on crée des commissions, puis l’on repousse, temporise, contourne. La mécanique est connue, et c’est précisément ce qui donne au livre sa portée : sous le vernis de la fiction, Marc Dugain vise juste lorsqu’il décrit des responsables plus attentifs à leur trajectoire personnelle qu’aux difficultés très concrètes du pays.

Mais Submersion ne se limite pas à la satire politique. Le roman étend son regard aux failles plus profondes de l’Occident. Dugain y pointe la toute-puissance d’un capitalisme de consommation devenu envahissant, l’emprise croissante des réseaux sociaux, l’irruption d’une intelligence artificielle qui menace moins par sa performance que par l’atrophie critique qu’elle peut encourager… À cela s’ajoute, selon lui, une lente transformation culturelle, discrète, diffuse, presque souterraine, qui nourrit l’idée d’un basculement plus large. C’est là que le roman voit poindre le véritable conflit futur…
Le livre met aussi en scène un affrontement entre l’État et un grand patron omnipotent, propriétaire d’un empire médiatique et industriel, incarnation d’une influence privée devenue tentaculaire. Là encore, l’auteur avance masqué, mais pas assez pour empêcher le lecteur de reconnaître quelques silhouettes familières. Ce jeu de miroirs donne à l’histoire une tension particulière !

« Submersion » de Marc Dugain : Une invitation à réfléchir sur notre société
La première moitié du roman observe ainsi les travers de la sphère politique ; la seconde s’attaque davantage aux discours, aux récits collectifs, aux promesses répétées depuis des décennies pour calmer, séduire ou tenir la population à distance. Derrière cette construction, une question demeure : une société peut-elle encore se ressaisir lorsqu’elle a pris l’habitude de se laisser diriger plutôt que de penser par elle-même ?
L’écriture, elle, contribue largement à l’efficacité du propos. Vive, nette, découpée en chapitres courts, elle avance sans lourdeur et donne au texte un vrai mouvement. Submersion n’apporte pas forcément des réponses, mais il a le mérite de remettre en marche quelque chose que notre époque use parfois à force de sollicitations permanentes : la capacité d’analyse. Et ce n’est déjà pas si mal…
