Clélia Renucci dévoile les dessous de l’histoire du « Chef d’œuvre maudit » de Rodin

Le Chef d’œuvre maudit de Clélia Renucci

lecture / roman / récit historique

 

Le Chef d’œuvre maudit de Clélia Renucci : La vision de l’artiste

 

Au premier abord, on pourrait craindre de tomber sur un simple récit historique sur la genèse d’une des plus grandes œuvres d’Auguste Rodin alors que, grâce à la plume experte de Clélia Renucci – on doit aussi à cette férue d’histoire de l’art Concours pour le Paradis et Le pavillon des oiseaux -, le lecteur est embarqué dans un véritable roman ! 

Au décès d’Honoré de Balzac, en 1850, Alexandre Dumas lance une souscription (ancêtre du « crowdfunding ») pour immortaliser cet immense auteur via la création d’une statue. Le projet végète jusqu’à ce que la « Société des gens de lettres » – avec Émile Zola en chef de file – ne finisse par choisir Rodin en 1891

 

 

Ce dernier connaît déjà la gloire pour avoir réalisé plusieurs œuvres majeures ainsi que des commandes de l’État. On va se retrouver plongé dans cette flamboyante deuxième moitié du XIXème siècle qui, sous la puissante impulsion du Second Empire, va voir la finance, les sciences et les progrès exploser ! Les arts ne seront pas en reste et l’autrice va nous faire vivre, presque minute par minute, le quotidien de Rodin… Avec lui, on va côtoyer des sommités comme Victor Hugo, Maupassant, Cézanne, Monet ou Clemenceau, en plein cœur d’une période faite d’insouciance, d’exubérance, de bonne chère, de maîtresses et de grandes diatribes. 

 

 

À l’époque, la sculpture bat son plein et Clélia Renucci nous dévoile que Rodin était à la tête d’un atelier rempli de différents « exécutants » nécessaires à la réalisation d’œuvres bien souvent « simplement » signées par l’artiste qui, comme bon nombre de ses confrères, était quelque peu déconnecté de la réalité… Rose, sa compagne de toujours, sera d’ailleurs d’un soutien moral et logistique indéfectible, au point de passer outre sa liaison avec Camille Claudel, à la fois muse et élève. 

Avant d’honorer cette commande particulière, le sculpteur va mettre des années à cerner la personnalité de Balzac. Il va bien sûr étudier les quelques photos du Maître, lira ses écrits, consultera un nombre incalculable de documents et ira à la rencontre de gens qui l’ont connu dès l’école, jusqu’à retrouver son ancien tailleur, qui lui confectionnera un costume aux mesures de l’écrivain ! 

 

 

Pourtant, malgré le sérieux de sa démarche journalistique et sa volonté de véracité pour représenter fidèlement l’auteur de La Comédie humaine, sa statue fit scandale tant à cause du colossal retard de livraison que de la modernité de sa réalisation, jugée choquante pour l’époque par la SDGL !

Le récit est très alerte et mené tambour battant par une profusion de petits flashs (parfois d’à peine une demi-page) qui rendent cette passionnante histoire extrêmement vivante et rythmée. Rappelant, pour les amateurs de la série, l’esprit de L’art du crime, Le Chef d’œuvre maudit donne envie de se rendre boulevard Raspail à Paris pour interroger cette sculpture qui n’y a pris place, à cause des hostilités qu’elle a provoquées, qu’en 1939… 

 

   © Textes Jean-Louis Las Dit Peisson pour Le Mensuel / Avril 2026 / Photo DR

 

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