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Loin du Mékong de Louis Raymond : Un voyage aux racines familiales

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Loin du Mékong de Louis Raymond

lecture / roman / biographie

 


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Loin du Mékong de Louis Raymond : Quête identitaire 

 

Louis Raymond – journaliste reconnu, spécialiste du Sud-Est asiatique – a longtemps raconté l’histoire des autres. Pourtant, un jour, c’est la sienne qu’il décide d’affronter à travers Loin du Mékong, son 1er ouvrage. Car malgré son patronyme très « hexagonal », il a du sang vietnamien qui coule dans ses veines. Derrière ce détail génétique se cache une question plus vaste : d’où vient-il vraiment ?

Son enquête familiale devient rapidement un voyage aussi intérieur qu’historique. En cherchant un nom, une date, un visage, il exhume le passé de l’Indochine française, cette mosaïque de territoires que furent le Tonkin, le Vietnam, le Laos et le Cambodge. 

 

 

Et si retrouver ses ancêtres en métropole peut être relativement facile aujourd’hui grâce à l’état civil instauré sous Napoléon, en Indochine, l’administration française n’a laissé derrière elle que des archives lacunaires. Louis retourne à Phnom Penh, où il fut correspondant permanent et où ses recherches le ramènent jusqu’en 1908… Thû, jeune femme de 18 ans, apprend le décès de son mari, parti travailler dans une plantation française au Cambodge. Déjà mère d’un petit garçon prénommé Trà, elle recueille également un nourrisson abandonné – Vui –, né d’une prostituée et probablement d’un Français. En 1928, un décret lui permet d’obtenir la nationalité française : Vui devient Paul Félix et mourra, quelques années plus tard, d’un cancer. Ses enfants, orphelins, seront envoyés en France pour y être éduqués.

Vui – alias Paul Félix – serait ce grand-père que Louis n’a jamais connu et derrière cette hypothèse ne se cache pas seulement un ancêtre, mais un point d’ancrage.

Entre les chapitres, l’auteur glisse ses pensées en italiques – doutes, regrets ou colère sourde – et expose ce que signifie être métis : ne pas être tout à fait d’ici, jamais complètement de là-bas, en plus de porter en lui une histoire que l’on ne lui a pas racontée.

 

 

Au fil de ses recherches, il découvre aussi qu’une forme de nostalgie subsiste encore dans la péninsule à l’égard de la présence française. La langue perdure, a été adaptée et transformée bien que 7 décennies se soient écoulées depuis la guerre d’Indochine et que le territoire, convoité par les grandes puissances – comme les États-Unis (en tête), l’Inde, la Chine, les soviétiques, l’Angleterre et même le Japon -, ait traversé les conflits : division entre Nord et Sud, guerre, destructions, exil, déracinement et, évidemment, lourdes pertes humaines…

Alors qu’il observe que la région reste assez instable, Louis ressent en plus une forme d’amnésie collective. Au fur et à mesure que les témoins disparaissent, l’histoire profonde s’efface peu à peu, comme si chacun avait choisi, inconsciemment, de survivre en oubliant.

Et pourtant, malgré plus d’un demi-siècle de violences, demeure une population nombreuse, attachée à sa terre et résiliente. C’est peut-être ça que l’auteur va finalement découvrir… On peut perdre des traces et des papiers, mais jamais vraiment ses racines.

 

   © Textes Jean-Louis Las Dit Peisson pour Le Mensuel / Mars 2026 / Photo DR & Bruno Levy

 

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