Yann Orhan
CONCERT
Claudio Capéo en interview pour son album « Nouveau souffle »
« J’ai parfois survolé le succès et la personne que j’étais… » Claudio Capéo
Pris dans un tourbillon dès la sortie du 1er album en 2016, Claudio Capéo n’a, depuis, jamais plus vraiment touché terre ! De tubes en concerts en passant par la promo et les rencontres, il a vécu un conte de fées, galvanisé par l’amour d’un public devenu aussi nombreux que fidèle ! Mais bien que ça fasse évidemment rêver et que ça force l’admiration, aucun succès ne rend qui que ce soit surhumain… Évoquant, dans son 5ème album « Nouveau souffle », un passage à vide qu’il est compliqué d’assumer quand tout semble aller pour le mieux, le musicien a retrouvé l’envie et l’énergie auprès des siens. Le résultat ? Des morceaux empreints de renouveau et de sincérité à travers lesquels il a renoué avec un accordéon qui sait se faire aussi festif que mélancolique ou électro…
Claudio Capéo en interview pour l’album & la tournée Nouveau souffle
interview / concert / album / tournée
- nouvel album Nouveau souffle paru le 21 novembre 2025
- dates à venir sur la tournée 2026 / 2027 / infos & billetterie ici !
Morgane Las Dit Peisson : De retour après une pause salutaire…
Claudio Capéo : Exactement, cette pause a été super importante pour faire un bel album. J’ai eu besoin de me reposer un peu, de me reconnecter à la réalité et de retrouver mes enfants, mais je suis aussi très content d’être de retour.
La tournée se construit sur 2026 / 2027, mais tu as fait le déplacement à Nice pour un showcase organisé par Kiss FM, radio à laquelle tu es fidèle…
C’est important de respecter ceux qui sont là depuis le début… Je me souviens de plateaux assez magiques en bord de mer… Surtout pour des Alsaciens ! (rires) Du coup, c’est normal, à notre tour, de jouer le jeu quand l’équipe nous propose d’offrir des petits concerts privés à leurs auditeurs…
Nouveau souffle, un 5ème album…
On ne peut pas s’habituer à la naissance d’un album, c’est toujours aussi excitant, affolant et stressant ! Et en même temps, il y a une espèce de sérénité autour de Nouveau souffle car on l’a beaucoup travaillé. On a mis un an et demi à le composer, à le construire et à l’imaginer en se plongeant à 100% dans sa création.
Je crois que c’est la première fois que j’ouvre mon cœur et ma tête à ce point, et que Gilles Dorn – qui a réalisé tout l’album – et moi prenons autant de temps. On ne peut jamais savoir en amont si un disque séduira le public, mais déjà, il nous plaisait à nous et c’était l’essentiel… Maintenant – comme le dit la « fameuse » phrase -, il ne nous appartient plus ! (rires)

Ton public, fidèle, a nécessairement des attentes, c’est compliqué d’en faire abstraction pendant la composition ?
Franchement, on arrive à ne pas se prendre la tête avec ça, on ne pense qu’à ce qu’on a envie de faire. On compose juste avec plaisir, en ne cherchant qu’à nous faire du bien. Mais on a en effet conscience de la chance inouïe d’avoir un public qui nous suit et qui nous porte depuis toujours ! C’est quelque chose de super fort et c’est peut-être grâce à sa bienveillance et sa fidélité qu’on arrive à être aussi sereins dans la création… On a tissé une relation vraiment merveilleuse pendant toutes ces années !
Ça fait 10 ans qu’on est « connus », mais ça fait bientôt 18 ans qu’on joue et certaines personnes nous encouragent depuis nos premiers pas sur scène, pour notre musique bien sûr, mais aussi pour notre amitié et notre sincérité. De toute façon, même si on essayait, on ne saurait pas mentir ou jouer des rôles !
Aujourd’hui, on a tous passé la quarantaine, donc on devient un peu plus adultes… Pas toujours plus matures pour autant ! (rires) Mais quoiqu’il advienne, on reste nous-mêmes, tout simplement…
Être en confiance avec le public permet, au fil du temps, de plus se livrer…
Je n’étais pas forcément super bien dans mes baskets, donc j’ai parfois survolé le succès et la personne que j’étais. Je n’étais pas à l’aise avec tout ce qui accompagne la « célébrité »… D’où ma grosse année de pause… J’ai décidé de m’éloigner des médias et de la vie parisienne, parce que ça ne m’allait plus et que j’étais fatigué de tout ça… J’avais besoin de me retrouver, de me reconstruire. Je reviens avec plus de force, après avoir fait la paix avec tous les petits démons qui me tournaient autour.
Et puis, j’ai même fait la paix avec l’accordéon qui est revenu au centre du projet…
Un accordéon qui s’offre un solo dès l’ouverture de l’album…
On voulait qu’il soit réellement présent… J’ai eu envie de le reprendre en main après une période de lassitude. C’est un instrument qui n’a pas toujours été évident à porter, mais au final, je l’accepte tel qu’il est. Ça peut paraître couillon de dire ça comme ça, mais on a su se reconstruire ensemble.
Je me sens à nouveau bien avec lui après l’avoir réimaginé, autant dans le son, que dans la posture et le jeu. Je le trouve élégant désormais dans les chansons, alors que pendant un moment, sa présence m’emmerdait, tout simplement… Il était trop pesant, il prenait trop de place sur scène, dans mes oreilles, dans ma vie… J’ai toujours tout vécu avec lui… On était obligé de se réconcilier car c’est la signature du groupe, c’est mon alter ego, mon pote, mon troisième poumon… Ça m’a pris quelques années d’y reprendre goût, mais aujourd’hui, je le porte fièrement !
Je suis surtout très heureux de ce qu’on a su en faire, un truc contemporain, élégant, et sympa…
Et même plus électro avec Mosimann…
Tout à fait, on a eu envie de s’entourer de Mosimann et de plein d’autres personnes talentueuses pour nous aider à partir dans de nouvelles directions. Tu t’emmerdes vite si tu restes dans ta zone de confort. La chanson française et populaire, c’est extrêmement bien et j’adore ça, mais par moments, c’est bien d’aller voir ailleurs.
Parmi les sujets abordés, on retrouve la dépression…
Sincèrement, je n’y ai pas vraiment réfléchi, c’est sorti tout seul. Je ne me suis pas demandé si j’allais en parler ou pas, ni même si ce que je vivais portait ce nom-là, je me sentais juste profondément mal…
Je m’étais complètement perdu à force de trop travailler, d’avoir trop de pression, trop de regards, trop de tout en fait ! Et quand tu n’es pas prêt à ça, même si ça fait rêver, ce n’est pas évident à vivre. Bizarrement, une fois que j’ai réussi à mettre des mots sur ce mal-être, j’ai quasiment tout oublié, sauf cette impression de noir et de silence…
Maintenant, je suis bien avec moi-même et, quand je ressens de petites faiblesses – parce que c’est normal d’en avoir -, je me dis qu’après une bonne nuit de sommeil, un rayon de soleil et une petite marche avec les chiens, tout ira mieux…
Et c’est le cas ! J’ai dû apprendre à parfois laisser le travail de côté pour me rappeler de l’essentiel…

Tu n’as pas profondément changé, mais tu es un peu plus calme…
(rires) Tu n’as pas tort, je m’en rends compte ! D’ailleurs, quand je suis avec les autres membres du groupe, désormais, je les trouve fous ! (rires)
Tu chantes « Quand j’aurai fait le tour du monde, qu’est-ce qu’il me restera ? »…
Puisque j’ai avancé et que j’ai trouvé des réponses à mes questions, ce sont presque déjà des paroles du passé, mais c’est essentiel de ne pas oublier… Avec le groupe, on va dans tous les sens et on s’éclate tellement que c’est énormissime. On fait des scènes, on voyage, on visite des pays… Il arrive un moment où tu es obligé de te demander si tous les merveilleux souvenirs que tu en gardes valent tous les sacrifices qu’ils ont exigés. Et en même temps, tout a été si beau que tu ne voudrais rien changer…
Quand on est aussi chanceux dans sa carrière, on culpabilise de se sentir si mal ?
Il y a vraiment de ça… Tu te sens complètement con parce que tu ne l’as pas vu venir alors que tu as le privilège de bosser et de remplir des salles… J’étais mal, mais j’ai continué à faire mon travail, à répondre aux interviews, à rencontrer le public. Tu n’as pas le droit de te plaindre quand tu vis quelque chose d’aussi fou. C’est lorsque le corps ne suit plus que tu dois te rendre à l’évidence ! Il faut juste apprendre à admettre qu’on reste des humains et qu’on n’est pas infaillibles. Et en même temps, c’est grâce à ces périodes de « malaises » qu’on peut apprécier les jolis moments de la vie…
Malgré tout, il y a toujours de l’espoir dans tes textes…
J’ai toujours adoré foncer dans le drama car je trouve qu’il y a une certaine élégance dans la souffrance. En revanche, j’ai envie de préserver mes enfants, de leur bander les yeux, de leur dire que tout va bien et que les bombes ne sont que des cerfs-volants… La vie est compliquée, mais il y aura sans cesse de l’espoir car on est obligés d’aller de l’avant, tout simplement…
Un nouvel album comme un retour aux sources ?
En tous cas, son titre est justifié car il représente vraiment un nouveau souffle pour moi… Il témoigne de ce pan de ma vie et de mon état d’esprit du moment. J’ai envie d’avancer sereinement, avec plus de calme. J’aimerais savourer un peu plus, arrêter de courir dans tous les sens, prendre du recul sur tout ça en me disant que la vie est belle et qu’on a de la chance.
Les enfants t’aident à voir le meilleur côté des choses ?
Oui, ce sont mes petits bonbons, mon médicament, ma zone de confort, mes câlins, ils sont ma vie ! Tu sais, quand tu es fatigué, que tu bosses comme un taré, le premier truc que tu veux faire, c’est retrouver tes enfants. Ce sont les premières personnes auxquelles je pense…
Malheureusement, ils grandissent, ils ont 6 et 12 ans… Alors, quand j’arrive à la maison, ils sont trop occupés pour me prendre dans les bras ! (rires) À 12 ans, c’est l’adolescence, donc il faut négocier les câlins et vérifier qu’il n’y ait pas de témoins ! (rires)
La prochaine étape, c’est la tournée…
J’ai envie de repartir sur la route, mais je ne suis pas dans une « hâte » non plus. Pour l’instant, on profite à fond de la sortie de l’album et on essaye d’être épanouis dans ce que l’on fait.
On y va doucement, on commence à imaginer la scène, à réfléchir à ce qu’on aimerait proposer. La suite va se dessiner naturellement et en même temps, je sais que ça arrivera très vite ! On a déjà programmé une tournée des Zénith qui débutera en novembre 2026, mais avant ça, on fera tout plein de festivals cet été… Autant dire que c’est après-demain ! (rires)
En parlant du temps, tu l’évoques dans Le temps…
C’est une chanson qui parle de ce temps qui passe vite, qui nous échappe… Ce temps qu’il faut essayer de prendre, ce temps dont il faut profiter… C’est important de savourer chaque seconde car elles sont précieuses. Quoi que tu fasses, tu ne les maîtriseras pas !
© Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson au Crown Plaza de Nice pour Le Mensuel / Photo Yann Orhan
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