INTERVIEW

Superbus en interview

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Après quatre ans d’absence, Superbus – le groupe pop rock créé par Jennifer Ayache il y a vingt ans – s’est décidé à réunir ses membres pour livrer au public Sixtape, un sixième album qui respire le renouveau… Après une pause,  des projets en solo, des changements dans l’équipe et au sein de la production, cet opus signe évidemment une évolution du groupe sans pour autant désavouer le chemin parcouru. Le meilleur exemple de cette transition toute en douceur est le titre Strong and Beautiful qui, tout en restant énergique, laisse entrapercevoir quelques fragilités et une certaine maturité…

 

« SIXTAPE »

À Solliès-Pont le 29 juillet

À Cavalaire-sur-Mer le 02 août 2017 • GRATUIT

 


« Ce n’est pas tout à fait « normal » de faire ce que l’on fait… »


Morgane Las Dit Peisson : En dehors de la scène, vous semblez plutôt calmes…

Jennifer Ayache : Oui, tout particulièrement le matin ! (rires) Mais c’est vrai que pour nous la scène est un lieu où l’on se donne à 100% et qui exige donc que l’on soit très en forme…

La tournée vous emmène autant dans des salles classiques qu’en extérieur pendant les festivals…

Jennifer : C’est vrai que ça change la donne quand on est en extérieur, surtout du point de vue de l’acoustique et des jeux de lumière puisque les contraintes techniques ne sont pas les mêmes. Et puis, évidemment, ça change l’ambiance d’une soirée de pouvoir jouer sous les étoiles…

Patrice Focone : Mais objectivement, le plaisir reste le même car, que l’on soit dehors ou dedans, ce qui compte avant tout pour nous, c’est de faire corps avec notre public… (rires)

Contrairement au théâtre, un concert permet d’embrasser un public qui devient le 2ème personnage…

Jennifer : C’est réellement ce qui me porte quand je suis sur scène, j’ai parfois l’impression que Superbus et le public ne font qu’un… Mais je crois que pour moi, le plus important reste les regards que je peux croiser dans la salle, j’ai besoin de partager les choses les yeux dans les yeux.

Patrice : C’est vrai que c’est à nous de tout donner en premier mais le public est en effet la clef d’un bon concert puisque sans lui, il faut être honnête, on ne serait vraiment pas grand chose…

Ce qui est étrange, c’est qu’on monte sur scène à la fois plein d’énergie et vide de quelque chose que l’on cherche à combler…

Jennifer : De toute façon, ce n’est pas tout à fait « normal » de faire ce que l’on fait… (rires) C’est pour ça qu’il faut essayer d’être physiquement et psychologiquement bien… Mais c’est vrai qu’avant de commencer, on est souvent très fatigué, en proie aux doutes avec la sensation qu’on n’arrivera jamais à mettre un pied sur scène ! C’est très étrange car ça disparaît dans les secondes qui précèdent notre entrée car tout à coup, en ressentant la présence du public dans la salle, on a une montée d’adrénaline… On est tout autant vide, c’est vrai, d’une énergie que seul le public peut nous donner et plein d’une envie et d’une excitation qui, quant à elles, sont débordantes !

Superbus a déjà 20 ans…

Patrice : Le problème c’est que, comme tout le monde finalement, on ne les a pas vus passer ! (rires) C’est une chance d’être encore ensemble et surtout de durer car c’est peut-être l’aspect le plus difficile dans ce métier… Avec le temps et l’expérience, on s’aperçoit que percer et débuter n’est en définitive pas le plus compliqué parce qu’à ce moment là, on se pose un peu moins de questions, on fonce tout simplement ! Au fil des albums, on doit écouter ses envies tout en restant dans une certaine veine sans pour autant oublier de se réinventer… Il y a des modes, des tendances, des gens qui passent, des goûts qui évoluent et, au beau milieu de tout ça, il ne faut jamais se trahir tout en étant dans l’air du temps et en ayant des choses à raconter…

Vous aviez tout ça en tête en créant, par exemple, Sixtape ?

Patrice : Oh que oui ! Et c’est ça qui peut nous bloquer parfois, c’est d’avoir tout ça en tête alors que quand on débute, on est vierge de ces problématiques, on est innocent. Le plus gros du travail, en fin de compte, c’est de s’évertuer à ne plus y penser quand la musique devient réellement ta profession… Pour rester inspiré et intéressant, il faut tout faire pour ne pas trop analyser et intellectualiser ce qui avait toujours été naturel chez toi…

© Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson • Photo Darius Salimi

Interview parue dans Le Mensuel de juin 2017 n°382 éditions #1 et #2

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