INTERVIEW

Shaka Ponk en interview

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Sans chauvinisme aucun – ou presque -, on ne peut que saluer l’ascension de ces six artistes devenus, ces sept dernières années, une véritable référence dans l’univers musical français à force de passion et de talent certes, mais aussi et surtout de travail constant et acharné… Car si Shaka Ponk n’a évidemment plus rien à voir avec le projet de Frah et CC qui était à ses balbutiements il y a quinze ans, une chose n’a pas changé avec le temps : l’investissement personnel. Ne prenant pas leurs tournées colossales et leurs millions d’albums vendus comme un acquis ni même comme une finalité, c’est avec toujours autant d’envie, d’humilité et de déraison que Sam, Frah, Ion, Mandris, CC et Steve continuent à donner corps à un univers qu’ils façonnent jour après jour comme n’importe quel autre artisan.

 

Album « The Evol’ » disponible depuis le 17 novembre 2017

En concert à Marseille le 09 février 2018 & à Nice le 10 février 2018

 


« On ne peut pas s’empêcher de marier les saveurs, c’est dans notre ADN ! »


Morgane Las Dit Peisson : Shaka Ponk est de nouveau sur les routes…

Frah : On a recommencé à tourner et je dois t’avouer que ça faisait un petit moment qu’on attendait ça alors on est hyper contents ! Même si ça été nécessaire, tant physiquement que mentalement de se poser un peu pour récupérer et surtout pour travailler sur l’album The Evol’, on n’a jamais eu l’habitude d’être enfermés comme ça pendant des mois ! On a fini par se sentir un peu comme des lions en cage ! (rires) Au bout d’un moment, le corps a besoin de retrouver l’adrénaline de la scène pour se lâcher, s’exprimer et gueuler aussi bien physiquement que psychologiquement… Par contre, la première date à Lille après deux ans et demi sans concert nous a bien rappelé que c’était vraiment physique… À moins qu’on ait vieilli… (rires)

Il y a un côté très instinctif et primaire qui est libérateur pour nous quand vous êtes sur scène…

C’est ce qu’on aime bien voir pendant nos concerts justement… En général, une partie du public est dès le début dans la même énergie que nous et l’autre, souvent par éducation, n’ose pas trop s’exprimer. Ce qui est jouissif, c’est de voir cette seconde catégorie de personnes rejoindre peu à peu la première sur un lâcher prise général avec cet espèce de cri primaire qui les aide à se débarrasser de leur fardeau. C’est à  ça qu’on travaille… On veut que même les gens qui ne nous aiment pas passent un super moment et qu’ils sentent qu’on ne s’est pas moqué d’eux ! 

Il y a aussi les clips comme Wrong side qui propose un petit court-métrage en noir et blanc pour parler des déviances de l’humain…

C’était une nouveauté pour nous parce qu’habituellement, on se met en scène et on utilise plutôt des effets pour obtenir un rendu visuellement « extraordinaire », au sens premier du terme. Sur Wrong side, on s’est dit que pour coller au message, c’était certainement plus marquant de mettre  en scène quelque chose d’hyper réaliste et contemporain. Ça a été intéressant à produire car ça a bousculé un peu nos petites habitudes et ça nous a obligés à travailler plus en nuances.

Ce qui ne change pas c’est que sur l’album, ça change tout le temps… Folk, rock, punk, new wave… 

Sur The Evol’ comme sur les précédents, le fil conducteur reste le rock mais c’est vrai qu’on ne peut pas s’empêcher de marier les saveurs, c’est dans notre ADN ! (rires) Le tout, c’est de savoir faire les bons choix parmi la cinquantaine de titres que l’on compose pour chaque album, puis de les faire cohabiter sans que ça ne devienne indigeste à l’écoute… Et c’est là que ça se complique techniquement ! (rires) C’est souvent, au niveau du son et du mastering, un travail titanesque pour quelques détails quasi imperceptibles mais sans lesquels l’enchaînement des titres serait insupportable…

Et dans tout ça, on tombe sur Slam & Slam’Ed avec Edouard Bear…

On a toujours eu du mal à trouver des mecs pour faire des featuring et puis un matin, on a pensé à Edouard Bear en l’entendant sur Nova où il nous faisait mourir de rire. C’est vraiment un punk super underground, qui vit la vie en la survolant tout en la transformant à sa façon. On lui a demandé s’il ne pouvait pas se pointer pour faire un slam sur un morceau qu’on lui avait envoyé. Il a trouvé ça super et assez rapidement, on s’en rendu compte qu’il était exactement le personnage qui convenait par son autodérision, son petit côté anglais, sa culture et sa sensibilité… Tu sens qu’il traverse cette vie avec son talent pour que ça se passe le mieux possible, et qu’il improvise tout ça au jour le jour. Il est profondément l’acteur de sa vie, ce personnage drôle et dingue qui pourtant ne joue pas la comédie. 

La pochette de The Evol’ – Love en verlannous fait redescendre de notre piédestal en nous rappelant d’où l’on vient…

Ça fait vraiment plaisir car on sait que parfois on pousse les choses un peu trop loin et qu’indéniablement, ça peut ne pas passer auprès de certaines personnes… Pour cette pochette représentant une femme embrassant un singe, on a entendu des réflexions aux antipodes du message d’amour et de respect que l’on voulait faire passer. Certains y ont en effet vu de la haine alors qu’on voulait juste rappeler à l’humain qu’il devrait embrasser ses origines plutôt que les bafouer constamment. 

© Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson • Photos Denis Rouvre


Interview parue dans les éditions #1 et #2 du mois de février 2018

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