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Philippe Lellouche en interview

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Devenu, dès sa première pièce Le jeu de la vérité, une véritable référence parmi les auteurs contemporains de théâtre, Philippe Lellouche, tout en nous proposant des comédies réellement drôles a su imposer des thématiques actuelles et des sujets de société qui avaient tendance, il y a encore une dizaine d’années à se faire trop rares au théâtre… Loin des sempiternelles préoccupations du triangle amoureux que l’on connaît depuis des décennies, il a su, au fil de ses textes, aborder tant le handicap que l’expatriation ou encore une certaine bien-pensance qui nous étouffe et nous perdra. Après s’est tous offert une petite bouffée d’air frais ces derniers mois pour jouer avec d’autres partenaires, les membres de la troupe à Lellouche dont font partie depuis les débuts David Brécourt et Christian Vadim, se réuniront à nouveau dès le 03 octobre pour nous offrir Le temps qui reste

 

nouvelle pièce « le temps qui reste » à Paris du 03 octobre au 04 novembre 2017 et à Marseille
le 23 janvier 2018


« Ce sont des sujets très personnels que je livre… »


 

Morgane Las Dit Peisson : Avant de vous voir partager l’affiche avec Gérard Darmon dans Tout à refaire, on était habitué à votre troupe…

Philippe Lellouche : On a eu le sentiment qu’après dix ans ensemble, il fallait qu’on fasse un petit break pour nous permettre d’explorer de nouvelles choses chacun de notre côté, pour ne pas se lasser et surtout pour éviter de lasser les gens. Mais, puisque c’était plus par curiosité que par ras-le-bol, on s’est vite manqué ! (rires) Du coup, on va se retrouver sur scène dès le mois d’octobre dans une toute nouvelle pièce que je suis en train de finir d’écrire : Le temps qui reste… 

Préserver ce cocon est important ?

C’est primordial en effet pour moi de travailler avec des gens que j’aime sincèrement… On se connaît par coeur, on est réellement amis, on a eu nos premiers succès au théâtre ensemble et puis je crois qu’au delà de nos désirs personnels, même le public s’est bien habitué au trio Brécourt-Vadim-Lellouche ! (rires) Remettre le couvert, ça nous éclate franchement car on sait d’avance qu’on va s’amuser… 

Vos pièces ont une propension à nous faire nous questionner sur le sens même de nos existences…

Au-delà de ce qui peut parfois m’énerver dans la vie comme le reflète plutôt bien Boire, fumer et conduire vite, c’est vrai que j’ai tendance à m’intéresser à tout ce qui nous dépasse… Je suis de plus en plus convaincu qu’il y a au-dessus de nous un très grand metteur en scène qui lui – enfin j’espère -, sait exactement ce qu’il fabrique mais plus les années passent et plus je me rends compte que malgré ce dont on essaye de se persuader, on ne maîtrise rien du tout. Comme un enfant, ça m’effraie parfois mais ça m’inspire surtout de jolies histoires à raconter… L’amour en est un parfait exemple, il a quelque chose de miraculeux et de surprenant, il nous tombe dessus souvent au moment où l’on s’y attend le moins mais il nous oblige, quoi qu’il arrive, à « faire avec »… J’aime bien cette idée d’être un peu ballotté par les vagues et de devoir garder le cap pour ne pas couler…

Dans vos dernières créations, le temps qui passe se fait de plus en plus présent…

Dans Tout à refaire, je traite d’ailleurs Gérard Darmon de « nostalgique compulsif » alors qu’en fait, c’est moi qui le suit vraiment… Je sais que c’est un peu ridicule parce que quand on repense trop à un passé qu’on ne peut ni revivre ni changer, on ne vit pas suffisamment le présent… Il faut apprendre à lâcher prise et essayer le plus possible d’approcher la sagesse sans jamais la toucher car comme le disait  très justement Chateaubriand, « La sagesse est voisine du tombeau »… Mais regarder devant soi en acceptant de tourner des pages, c’est évidemment plus facile à dire qu’à faire ! (rires) 

Nostalgique mais optimiste ?

Oui, j’ai un vrai tempérament optimiste ! Bien sûr, j’ai des emmerdes comme tout le monde mais je ne crois pas que le bonheur ne soit qu’une « pause » entre deux problèmes… Il y a plein de jolies choses autour de nous, il faut juste parfois accepter de les voir sous le bon angle… 

Dans Le temps qui reste, vous allez une fois de plus avoir plusieurs casquettes…

Moi je le vis plutôt bien mais c’est pour mes camarades que c’est un peu plus « chiant » ! (rires) J’ai une tendance, pendant la période de répétitions, à ne pas vraiment jouer mais plus à analyser les rythmes et les répliques pour m’assurer que ça fonctionne et que ce soit bien compréhensible. Mon rôle d’auteur a souvent dû mal à laisser la place à l’acteur même quand la pièce est lancée… C’est vrai qu’interpréter, c’est sublimer un texte, mais toucher les gens et les intéresser avec ce qu’on a imaginé, c’est une source incomparable de satisfaction !

Hâte de livrer cette nouvelle comédie au public ?

Oui car elle aborde tout ce qui me touche vraiment dans la vie… C’est à la fois la peur de voir son enfance disparaître et l’impatience de découvrir tout ce qui est à venir. Ce sont des sujets très personnels que je livre – du moins j’espère – avec humour ! (rires) J’ai envie qu’on se marre avec cette nouvelle pièce !

Une pièce qui abordera des thématiques contemporaines…

Oui Le temps qui reste traitera entre autres du mélange des genres qu’on observe aujourd’hui et qui m’agace un peu… Je suis profondément pour l’égalité entre les sexes mais je pense que ça ne devrait pas nous empêcher de rester nous-mêmes. Les hommes et les femmes doivent être égaux mais pas identiques, c’est justement nos différentes caractéristiques qui font la richesse de notre espèce… On tend à vouloir nos uniformiser et j’avoue que ça m’énerve pas mal alors j’ai choisi d’en rire sur scène ! 

Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson • Photos droits réservés

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