INTERVIEW

Pascal Obispo en interview

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Dans ce premier volet d’interview, Pascal Obispo qui, en ce moment, est autant en train de préparer son prochain album – qui verra le jour dans quelques mois – que de s’essayer, pour la première fois, au rôle de jury dans The Voice sur TF1, explique les raisons qui l’ont conduit à imaginer une fresque historique autour de Jésus dans une période où l’on a la sensation que les religions sont devenues un sujet tabou… Un titre donc un tantinet risqué par les temps qui courent mais qui, en racontant la vie de cet homme, pouvait difficilement s’intituler différemment. Dans une mise en scène élégante et raffinée, c’est en effet l’homme – en dehors de toute croyance – que l’on suit à travers ses valeurs. Mettant en relief sa perpétuelle recherche d’amour et de paix comme n’importe quel être humain sur cette terre, Jésus, de Nazareth à Jérusalem propose un message universel qui n’a rien d’une quelconque tentative de séduction ou « propragande » religieuse…

 

1ère partie d »interview pour « Jésus de Nazareth à Jérusalem »

 


« Un spectacle aussi humain qu’humble et sincère… »


Morgane Las Dit Peisson : La tournée de Jésus, de Nazareth à Jérusalem a débuté…

Pascal Obispo : Je suis d’ailleurs allé à la première à Nantes parce que je trouve ça important d’accompagner la troupe dans cette nouvelle étape. Même si le spectacle est le même qu’à Paris et même s’il a été joué des dizaines et des dizaines de fois, il y a toujours un trac et une appréhension chez les artistes lorsqu’ils partent en tournée… Ils revivent une nouvelle « première » donc c’est essentiel qu’ils soient entourés et soutenus. Je n’ai pas eu la chance de pouvoir vivre ça avec ma seconde comédie musicale Adam et Ève alors je savoure encore plus pleinement ces moments là…

C’est une tournée qui reflète la saison parisienne ?

Paris, c’est vraiment la phase « test ». Sans suffisamment de succès sur la Capitale, la tournée n’est pas envisageable et pourtant, le comportement en province n’en est pas toujours le reflet exact. Pour Jésus, bizarrement, le public semble encore plus enthousiaste en régions et ça prouve peut-être que les valeurs développées par cet homme dont on traite les trois dernières années de vie sur scène, intéressent et interpellent encore les gens…

Contrairement à ce que certains ont eu l’air de penser, ce n’est pas un spectacle religieux mais bel et bien historique…

Exactement et dans la tradition chrétienne, cette partie de la vie de Jésus est sûrement l’histoire que l’on connaît le plus avec celle des rois mages, qui nous a quant à elle laissé la crèche sous le sapin de Noël… (rires) En me replongeant dans la Bible, j’ai eu envie d’aller à l’essentiel et de retrouver la genèse de mes « fondations » qui sont évidemment les mêmes que pour beaucoup de gens. Je crois qu’inconsciemment j’ai eu besoin de comprendre ou en tous cas de me remémorer les origines de ce que l’on est aujourd’hui…

La religion, au-delà des croyances, représente la base même de nos principes et de notre éducation…

Et c’est pour ça qu’en effet, bien que Jésus soit la « star » des catholiques, on n’a pas voulu que ce spectacle transpire une quelconque idée religieuse. Le but n’est pas de faire augmenter les stats du Vatican (rires), mais juste de rappeler que si nous sommes ce que nous sommes aujourd’hui, c’est en très grande partie – à cause ou – grâce au destin de cet homme. De là ont découlé nos principes et notre éducation. La France est un des pays où il y a le plus d’associations caritatives et je crois que ce n’est pas un hasard… Que l’on soit croyant ou non, on a tous – ou presque (rires) – en nous des valeurs très fortes de solidarité et de partage. Lorsque l’on fait la synthèse des Évangiles et du parcours de Jésus en tant que simple individu, on s’aperçoit que ça nous vient sûrement de lui, lui qui aidait autant les rejetés de la société que les prostitués, les malades ou les pauvres… 

Le fait qu’il y ait autant de lui en nous en fait un personnage éternellement « moderne »…

Bien ou mal, je crois que les siècles passent, les rythmes de vie, les habitudes et les outils changent, mais pas tellement les êtres humains… On a tendance, de génération en génération, à reproduire ce que l’on nous a inculqué, on souffre toujours des mêmes choses et on espère toujours les mêmes choses aussi. Ça fait en effet de Jésus un type résolument actuel qui peut permettre à n’importe qui de se reconnaître en lui. 

Le spectacle est surprenant de sobriété, il n’est pas tombé dans la surrenchère d’effets spéciaux pour représenter la résurrection ou la crucifixion par exemple… 

Les gens sont avant tout venus pour voir un spectacle, des chanteurs, des danseurs, une belle mise en scène de Christophe Barratier et écouter de la musique mais en effet, on a senti qu’il fallait miser sur une élégance et une certaine simplicité. C’est d’ailleurs souvent le plus compliqué à réaliser ! (rires) On ne voulait pas en mettre « plein les yeux » aux spectateurs mais leur proposer – afin que ce soit les messages qui priment – un spectacle aussi humain qu’humble et sincère… Christophe Barratier a réussi cette performance de mettre sur un pied non pas un « show » mais une oeuvre épurée et pourtant captivante

Ça donne également un spectacle différent des Dix Commandements et surtout d’Adam et Ève

J’ai participé fut un temps à cette « surrenchère »… Comme les gens voient de plus en plus de spectacles, on a tendance à croire que c’est en leur donnant toujours plus de choses à voir entre les écrans géants, les effets spéciaux, les numéros de voltige et les décors colossaux qu’on va capter leur attention. Ce n’est qu’en faisant ma tournée MillésimeS que je me suis aperçu du contraire… Ça faisait alors une quinzaine d’années que je n’étais pas retourné dans les petites salles, j’avoue que ça m’angoissait un peu de me remettre plus « à nu » que dans un Zénith alors que ça a été un pied incroyable ! (rires) Ce qui compte par-dessus tout, ce n’est pas de jouer les gros bras en étalant plus de moyens que son voisin mais c’est de réussir à établir une correspondance particulière avec les gens dans la salle et d’être dans l’instant mais ça, on ne le comprend qu’avec l’expérience ou l’âge… (rires)

© Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson • Photos Julien Scussel


Interview parue dans les éditions #1 et #2 du mois de février 2018

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