INTERVIEW

Olivier Lejeune en interview

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Fidèle parmi les fidèles, on ne se lasse jamais de discuter théâtre avec Olivier Lejeune… De passage à Mandelieu cet été pour la reprise de sa toute première pièce en tant qu’auteur, Tout bascule, et de retour cet automne dans Une folie imaginée par Sacha Guitry il y a plus de 60 ans, le comédien semble plus passionné que jamais par son métier. Loin d’être lassé ou blasé par cette presque cinquantaine d’années de carrière, l’auteur, comédien mais aussi metteur en scène toujours aussi curieux qu’à la première heure est en train de mettre sur pied sa prochaine création théâtrale… 

dans « Une folie » à Marseille le 03 octobre 2017


« Écrire peut être aussi grisant que douloureux car c’est une constante remise en question… »


 

Morgane Las Dit Peisson : Dans Tout bascule que l’on a vu cet été à Mandelieu, tu étais auteur, acteur et metteur en scène alors que dans Une folie, tu « n’es que » comédien… 

Olivier Lejeune : C’est vrai que j’ai la chance de pouvoir cumuler les trois casquettes mais je crois que la jouissance la plus belle et la plus forte, c’est vraiment la joie que l’on peut ressentir en tant qu’auteur. Entendre une salle rire grâce à ce que l’on a inventé, ça n’a pas de prix ! C’est pour ça que j’ai pris un plaisir immense à rejouer Tout bascule après toutes ces années. J’ai le privilège de m’emparer régulièrement d’un répertoire un peu plus « intello » comme Guitry ou Oscar Wilde mais j’aime toujours autant les pièces dites plus « populaires » qui s’adressent à un plus large public. Tout bascule fait partie de celles-là et ce qui ne gâche rien, c’est que tous les acteurs aiment profondément leurs personnages. Aucun d’entre eux ne se retrouve sacrifié au profit d’un autre… Ils ont tous un secret, une importance dans l’histoire et une réelle partition à jouer au milieu d’une sacrée cacophonie !

Tout bascule, ta 1ère pièce, a connu et connaît toujours le succès…

Ah oui mais c’est peut être ce qu’on appelle la chance du débutant ! (rires) Quoi qu’il y a 15 ans – même si c’était ma première pièce – je n’étais pas un novice en écriture. Je pense d’ailleurs que c’est à mes 30 ans d’expériences en tout genre qu’elle doit en partie sa réussite… J’ai écrit pour Michel Leeb, Patrick Sébastien, Michèle Laroque, Chevallier et Laspalès, Lagaf’, Bigard ou encore Yves Lecoq, du temps de La Classe, j’écrivais pour tout ce qui bougeait ! (rires) Philippe Bouvard me disait que j’étais un caméléon de l’écriture mais lui en tous cas, a été un professeur merveilleux ! Après différentes expériences d’écriture en télé – passionnantes mais chronophages -, j’ai pu me poser et réfléchir enfin au sujet de ma première pièce de théâtre. J’ai fait un genre d’étude de marché, je me suis demandé quel était dans la vie des gens le moment le plus festif : le mariage puis quel pouvait être le mariage le plus original : le mariage le plus court ! Je l’ai réécrite 17 fois en deux ans avant d’oser la montrer et, comme bénie des Dieux, elle a battu tous les records au point de se jouer pendant plus de trois ans à guichet fermé !

Bientôt ta nouvelle pièce devrait voir le jour…

Elle s’intitulera Une chance insolente… Ça fait un an et demi que je suis dessus, ce qui me fait parfois un peu envier certains de mes copains qui ne sont qu’auteurs et qui arrivent à  sortir une à deux pièces par an ! (rires) J’aimerais pouvoir aller un peu plus vite mais je joue beaucoup au théâtre, je tourne toujours avec mon one man show, je donne des cours, je fais des mises en scène alors ça me retarde un peu et puis, quand on fait une pause dans l’écriture, il y a toujours un temps d’adaptation pour se replonger dans le bain et retrouver ses personnages… 

Écrire une pièce c’est trouver des thématiques…

Les relations hommes femmes, par exemple, sont inépuisables et bien souvent incontournables alors le plus compliqué est de trouver un angle de tir original… Et puis il ne faut surtout pas se tromper de sujet parce que sinon, ce seront des mois de travail perdus ! C’est donc primordial de bien prendre son temps au début pour mettre sur pied le bon sujet, bien définir ses personnages et décider d’un cadre. Ensuite, je laisse vivre ces protagonistes et je participe à l’aventure avec eux… Ça fait très pirandellien de dire ça mais il s’agit vraiment d’une cohabitation passionnante !

L’écriture est excitante ?

C’est exactement ça ! Il m’arrive de me réveiller en pleine nuit avec une idée ou une réplique alors, de peur de l’oublier, je l’enregistre immédiatement sur un dictaphone ! (rires) Quand on le prend à coeur, écrire peut être aussi grisant que douloureux car c’est une constante remise en question, c’est une recherche – si ce n’est de l’excellence – du mieux et il m’est arrivé, lors des premières lectures de Tout bascule par exemple, de dégouliner de rage d’avoir laissé passer des phrases, des ventres mous, des petites longueurs, des redites, des redondances… Il faut apprendre à être patient, à se relire une centaine de fois avant de confier son texte à de bons comédiens, il faut les enregistrer et les réécouter encore et encore en traquant à chaque fois le mot de trop, le temps mort, la phrase qui n’apporte rien… C’est prenant mais si passionnant…

Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson • Photos droits réservés

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