INTERVIEW

Olivier De Benoist en interview

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Fidèle à lui-même, Olivier De Benoist ne devrait pas vous surprendre dans le choix du thème de son nouveau seul en scène… Il paraît qu’il aime les femmes en général, la sienne en particulier et puisque l’on dit que qui aime châtie bien, je peux vous affirmer Mesdames que cet homme-là est raide dingue de nous ! Bien décidé à nous le démontrer sur scène dans Fournisseur d’excès, il s’évertue à nous couvrir d’un amour vache relevé d’un humour qui le rend finalement irrésistible ! Et puisque nous ne manquons, contrairement à certains, pas de second degré, nous saluons la démarche presque féministe de cet anti prince charmant qui arriverait bientôt à nous convaincre qu’une vie à ses côtés ressemblerait à nos bons vieux contes de fées…

 

spectacle « Fournisseur d’excès »

 


« Il faut toujours donner le meilleur de soi au public qui nous accorde son attention. La concurrence est rude, alors il ne faut jamais se relâcher ! »



olivier-de-benoist-interview-filmee-nouveau-spectacle-CMorgane Las Dit Peisson : La dernière fois que l’on t’a vu, aux Plages du Rire 2012, ton précédent spectacle était sur la fin…

Olivier De Benoist : Oui, je me rappelle très bien ! C’était d’ailleurs la première fois que je jouais à Nice et c’est tombé le soir où les médaillés olympiques rentraient… Il y avait plus de monde pour eux que pour moi, je n’ai jamais compris pourquoi ! (rires) C’était la toute première fois que je jouais en plein air et ça me terrorisait alors que ça a été un bonheur inouï ! J’ai rejoué ensuite au Palais de la Méditerranée, c’était blindé et j’ai encore pris une claque ! Dans le milieu, il se dit que le public est difficile à Nice mais après ces deux dates, je suis heureux de pouvoir affirmer le contraire. C’est un public chaud, hyper vif et chaleureux. Plus que spectateurs, ils sont acteurs alors il faut que l’artiste sur scène se démène, il faut qu’il se batte, mais quel combat ! (rires)

Un combat dont tu es ressorti vainqueur…

Oui, je pense avoir mis le public KO deux fois ! (rires) C’est quand même le but du jeu, à la fin on doit les assommer !

Et bien sûr les femmes un peu plus que les hommes…

Non, non ! Je suis non violent et je n’assomme pas plus les femmes que les hommes, voyons ! (rires) En fait, dans le premier spectacle je défendais les hommes et dans celui-ci, les femmes. Alors le spectacle est plus long car il y a beaucoup plus de travail, évidemment… Je devrais d’ailleurs proposer aux gens de venir avec un sac de couchage… On a trouvé ça rigolo avec Vincent Leroy, mon auteur, de choisir ce contre-pied même si la maladresse reste toujours la même. Il faut avouer que j’ai quand même du mal à trouver des arguments pour défendre les femmes ! Après la mort de Jacques Vergès, je me suis motivé pour être l’avocat de cette cause perdue ! (rires) Sérieusement, si quelqu’un me dit que ce spectacle est misogyne, c’est que je ne l’aurais pas réussi car le con dans l’histoire, c’est quand même moi.

Donc on a une vraie « suite » du premier spectacle ?

Oui, c’est un peu comme dans Colombo où le protagniste a sa femme, sa 403 et son chien, les gens ont envie de retrouver les codes de De Benoist dans l’épisode suivant. Il y a donc ma femme, ma chère belle-mère, je suis habillé en noir avec la main dans la poche et l’autre à la ceinture, etc. Ceux qui viendront voir Fournisseur d’excès vont retrouver celui qu’ils ont aimé, car au risque de te surprendre, certaines personnes m’aiment ! (rires) Dans ce nouveau volet donc, je deviens avocat pour défendre les femmes mais ça ne marche pas… Vous êtes indéfendables… Pourtant, dans ce spectacle je vous rends hommage… Je rends même un hommage funèbre à ma belle-mère… Ça va loin ! (rires)

Un sketch que tu avais d’ailleurs rodé à Nice avant de le présenter chez Michel Drucker…

C’est vrai, juste avant d’attaquer Vivement Dimanche pour un an et demi. J’adore faire ce genre d’émissions même si j’ai préféré faire un peu moins de télé cette année. C’est un exercice qui use quand même, c’est beaucoup de travail et il ne faut y aller que lorsqu’on est bon. Revenir chaque semaine avec un truc obligatoirement nouveau et de bonne qualité, c’est harassant. Désormais, je préfère espacer un peu les sketchs mais qu’ils marquent plus les gens. Il ne faut pas saouler les gens !

L’hommage funèbre signifie que tu as choisi un humour un peu plus noir ?

Non pas spécialement, c’est vrai que ce sketch marche super bien et qu’il pourrait laisser penser ça mais ce n’est pas particulièrement noir, en tous cas pas plus que le précédent. Par contre, je pense qu’il est mieux écrit. C’est un compliment que l’on me fait souvent et j’espère que les gens ont raison !

C’est vrai que finalement c’est très gentil de ta part de t’occuper des funérailles de ta belle-mère…

En fait, si cela avait été complètement noir, j’aurais enterré ma belle-mère de son vivant… Mais même le ciel n’en a pas voulu alors on l’a gardée sur terre…

C’est donc pour ça que les femmes vivent plus longtemps…

(rires) Je vais peut-être l’utiliser dans le spectacle ! Mais sérieusement, le spectacle est mieux écrit et comme le titre l’indique, c’est excessif, on ne fait rire qu’en décalant, qu’en caricaturant donc ça se doit d’être excessif. Quand ma femme veut se faire refaire, je demande au chirurgien de bien vouloir organiser une réunion de chantier avant d’entamer les travaux, quand j’ai décidé de filmer nos ébats pour prouver que je m’y prends très bien, j’ai dû acheter un caméscope grand-angle pour pouvoir voir ma femme en entier… L’exagération est partout dans ce spectacle et c’est ça qui marche ! Je fais même appel à Dieu pour défendre ma femme, et je vais annoncer un scoop au Mensuel, je découvre à ce moment là que Dieu est une femme et que c’est elle qui a crée ce satané bordel !

Tu es resté fidèle à ton équipe ?

Oui c’est encore Vincent Leroy qui s’est chargé de l’écriture de ce nouvel épisode. Je lui reste fidèle, on n’a aucune raison de changer une équipe qui gagne ! C’est vrai qu’on pourrait être tenté d’aller chercher d’autres partenaires pour apporter un souffle nouveau mais sincèrement, je trouve que c’est parfait comme ça. Il y a une patte dans ces deux one-man et je trouve que c’est important qu’on reconnaisse un humoriste à ça.Quand j’entends « ça c’est du De Benoist, ce mec qui parle de sa femme, de sa belle-mère, ce gars un peu con, qui a une façon bizarre de parler… », je me dis qu’il y a déjà une belle étape de franchie. Je pense que c’est parce que l’on travaille ensemble tous les deux qu’on arrive à maintenir ce style d’humour sans avoir besoin d’aller piocher des vannes à droite ou à gauche. C’est sûr qu’on pourrait appeler plusieurs auteurs et leur acheter quelques vannes mais je pense qu’on perdrait en efficacité.

Donc tu n’es pas du tout nostalgique du précédent ?

Non, en fait j’avais un peu peur de ça parce que les premiers temps, évidemment, c’est dur d’abandonner un spectacle qui t’a accompagné si longtemps. Quand tu arrives sur scène avec un one-man que tu as joué peut-être cinq cents fois et que tu le connais parfaitement par coeur, que tu connais toutes les virgules, les silences, les respirations, les réactions des gens, que tu sais comment en jouer, comment rebondir… c’est absolument magique! Alors quand tu débarques avec un nouveau spectacle, tu as des creux, des moments de faiblesse ou de lourdeur… C’est désagréable, déstabilisant mais c’est normal d’en passer par là.D’ailleurs, je tiens à dire à souligner qu’en général, les humoristes rodent en province avant d’aller à Paris et que moi, j’ai fait le contraire, j’ai joué tout l’été à Paris avant de partirolivier-de-benoist-interview-filmee-nouveau-spectacle-D en tournée en septembre dernier. Je tiens à le dire parce que c’est assez rare de le faire dans ce sens là mais comme je suis moi-même un provincial, je trouve normal que la province reçoive pour une fois un spectacle arrivé à maturité.

Tu as gagné en assurance en le travaillant ?

Oui ! On n’a pas beaucoup gagné en temps de spectacle mais énormément en efficacité. Par exemple, pour obtenir un rire à chaque fin de phrase, j’ai enlevé tout simplement, ce qui n’était pas drôle. Ça ne peut pas se faire après une seule représentation mais progressivement, on a réussi à enlever ou modifier ce qui n’était pas très drôle. Je me rappelle d’ailleurs d’un programmateur de salle qui avait compté le nombre de rires. J’ai joué trois jours chez lui et avant de repartir, il m’a tendue une feuille remplie de barres… Les prisonniers comptent les jours, lui avait compté tous les rires du public ! (rires)

Ce n’est que ce rire que tu recherches ?

Oui, ce qui compte c’est de faire marrer les gens. Si ils partent en disant qu’ils se sont bien marrés, je suis le plus heureux car je trouve que c’est un métier très dur. Derrière l’apparente simplicité, c’est très difficile de faire rire alors quand on arrive à déclencher cette réaction dans une salle entière, c’est ce qu’il y a de plus beau !

Et le plus difficile encore est peut-être d’arriver à durer…

Drucker le dit souvent et au début, sincèrement, je ne savais pas trop comment le comprendre. Quand j’ai commencé On n’demande qu’à en rire, je croyais qu’il fallait vivre l’instant. Maintenant, au bout de trois ans, j’ai saisi ce que ça voulait dire. Durer signifie maintenir le niveau, continuer à travailler au même rythme tout le temps. Dès qu’on ne bosse plus, qu’il n’y a plus de nouveaux spectacles ou de sketchs à la télé, on risque de faire l’erreur de proposer un best of pour rester présent dans l’esprit des gens mais le public s’en aperçoit. Il faut toujours donner le meilleur de soi au public qui nous accorde son attention. En France, on doit être environ deux cents humoristes… La concurrence est rude, alors il ne faut jamais se relâcher.

Et il faut aussi trouver l’équilibre entre la nouveauté et la patte dont tu parlais…

Oui, on s’aperçoit que c’est compliqué quand on se penche sur la question car il faut réussir à surprendre tout en redonnant aux gens ce qu’ils sont venus voir et ça, c’est vachement dur ! Pour l’instant, j’ai la chance que les gens qui sortent du spectacle soient enchantés, j’espère que ça continuera comme ça. Je suis tout ça de très près sur ma page Facebook car les gens y laissent pas mal de commentaires et pour l’instant je suis ravi de ce qu’ils en disent. Mais il y a encore énormément de travail. Je suis perfectionniste et puisque ça ne pourra jamais être parfait, ça bougera tout le temps ! (rires)

La télé a été pour toi un tremplin phénoménal, tu vas continuer à t’en servir ?

Oui car je pense que c’est essentiel. Plus j’avance et plus je le confirme, il est impossible aujourd’hui de remplir mille places sans télé. Il faut que les gens connaissent ton travail, qu’ils en aient un aperçu pour décider d’acheter des places. Il faut faire de la télé, c’est comme ça, on n’a pas le choix, on est un peu des produits et c’est normal. Il y a toute une stratégie marketing derrière un one-man et ce n’est pas péjoratif de le dire. Mais c’est vital aussi d’avoir des soutiens partout en France de la part des radios, des journaux et des magazines. Je remercie d’ailleurs Le Mensuel qui me suis depuis les débuts et qui est un site que je regarde beaucoup ! Si si ! (rires)


Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson pour Le Mensuel • Photo William Let
Montage vidéo par Aurélien Didelot
Interview parue dans l’édition n°348 de Mai 2014

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