INTERVIEW

Isabelle Boulay en interview

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Composé entre autres par La Grande Sophie, Raphaël, Coeur de Pirate, Julien Clerc ou encore Carla Bruni, le dernier album d’Isabelle Boulay, En vérité, raconte, à travers 14 chapitres, une certaine conquête de soi-même, un besoin de sincérité et une volonté de mieux connaître son for intérieur pour réussir à accepter l’être que l’on est… En toute authenticité, la chanteuse québécoise se livre une nouvelle fois à son public, comme le prouve la pochette en noir et blanc de l’album, sans aucun chichi ni faux-semblant…

 

À Sanary le 13 décembre 2017 • À Marseille le 14 décembre 2017

 


« J’ai l’impression que c’est ma voix intérieure que vous entendez… »


Morgane Las Dit Peisson : Vous semblez aimer faire des tournées en France…

Isabelle Boulay : Au fil des années et des allers-retours entre le Québec et la France, je me suis rendue compte que mes deux publics n’étaient pas si différents. Ce sont en général des gens plutôt sentimentaux qui aiment la chanson française et qui apprécient qu’on leur raconte des histoires… L’un comme l’autre  sont très attentifs pendant les concerts, ils sont vraiment dans une écoute assez intense et introspective

Ils sont attentifs car vous êtes un témoin de leurs vies, un miroir… 

C’est vrai qu’au fond on se ressemble beaucoup le public et moi… J’en ai vraiment pris conscience avec l’album et la tournée Merci Serge Reggiani car peu importe ce que l’on essaye de nous faire croire, on fait tous partie de la même famille humaine. À tort, certains s’imaginent que les artistes sont des êtres un peu à part, sur une sorte de piédestal alors qu’ils ont les mêmes préoccupations que ceux qui les écoutent. J’ai d’ailleurs toujours fait mon métier pour accompagner les gens, les rassurer, les soulager… Quand j’ai commencé à chanter dans le bar restaurant de mes parents, j’ai remarqué que ça faisait du bien à certaines personnes au point qu’elles retrouvaient le sourire… Aznavour a dit que les artistes étaient un peu les pharmaciens de l’âme et je crois qu’il a vu juste ! 

Les chansons Les Mains d’or et Guerre civile sont un témoignage de votre amour pour l’humain…

L’amour n’a rien à voir avec des niaiseries, au contraire, c’est la principale force sur laquelle repose notre humanité tout entière… Il ne faut en effet pas croire qu’une chanson d’amour se résume à des histoires de séparation entre un homme et une femme ! (rires)

Sur scène, on retrouve votre dernier album En vérité… 

Oui mais il y a aussi quelques titres comme Parle-moi, Je t’oublierai je t’oublierai ou Mieux qu’ici-bas car je pense que c’est la moindre des élégances vis-à-vis du public… C’est le souvenir d’une histoire commune et si je me mets dans la peau d’une personne qui assiste à un concert de Charles Aznavour par exemple, je ne serais pas contente qu’il ne chante pas La Bohème ! (rires)

Vous réalisez le chemin parcouru et l’attachement du public ?

Je réalise tout ce que j’ai vécu dans ma carrière et surtout le temps passé quand des jeunes filles venaient me voir il y a 25 ans et qu’elles reviennent maintenant pour me présenter leurs enfants ! (rires) Au delà de l’âge, ça signifie surtout qu’elles ont continué, au fil des albums et des années, à se retrouver dans ma musique, à y trouver un sens, un intérêt et ça, c’est un immense privilège qui me donne, à chaque fois que j’ai un coup de fatigue, un courage fou !

Le titre de l’album En vérité est comme vous, simple et franc…

La chanson qui a donné le titre En vérité à l’album a été imaginée comme une espèce de constat d’humilitéEn vérité, c’est être capable d’avancer malgré les épreuves qu’on nous inflige tout en acceptant de se regarder tel que l’on est réellement… On m’a beaucoup dit – comme à chaque sortie d’album d’ailleurs ! (rires) – que c’était l’album de la « maturité » mais je crois que je ne dois pas encore être assez mature pour comprendre ce que ça veut dire ! (rires) Tout ce que je sais, c’est que c’est l’album de  la continuité de la vie et que c’est lui qui, évidemment, me ressemble le plus aujourd’hui mais ce sera également le cas pour le prochain !

Votre voix, bien que toujours aussi puissante, a gagné en sérénité, elle donne la sensation d’être plus chaleureuse et apaisée…

Vous avez vu juste, j’ai l’impression que le fait d’avoir eu mon petit garçon l’a beaucoup patinée et qu’avoir interprété les chansons de Serge Reggiani l’a comme libérée. D’ailleurs, l’accès à ma voix est beaucoup plus facile maintenant pour moi, ce n’est pas évident à expliquer mais j’ai l’impression que c’est ma voix intérieure que vous entendez…

Il y a de la country, de la musique cubaine, de l’italien et de l’anglais mais tout est fluide et cohérent…

Ça je le dois vraiment au grand talent de mon ami Benjamin Biolay, parce que c’est sûr que faire coexister autant d’influences sur un seul album, ce n’était pas gagné d’avance ! (rires) Il est un génie de la musique qui fonctionne énormément à l’instinct…

À l’écoute se dégage une sérénité…

Je suis heureuse de l’entendre car c’est ça qui m’importe le plus. Je n’ai jamais voulu être une star mais juste une présence, un soutien pour les gens. C’est d’ailleurs pour garder ce sentiment intact que j’ai si souvent besoin de me retirer du métier pour vivre juste comme tout le monde, être dans le monde… C’est ce qui me permet de reprendre Les mains d’or en n’ayant pas l’impression d’être illégitime.

© Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson • Transcription par Léa Koenig • Photo Gassian

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