INTERVIEW

Manu Payet en interview

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En toute simplicité, sans artifice et uniquement accompagné d’un iPad et d’un micro, Manu Payet, dans son tout nouveau spectacle sobrement intitulé Emmanuel, se livre avec sincérité… De l’enfant qu’il a été à l’homme qu’il est devenu, il retrace son existence et son parcours à coups de moments choisis, d’anecdotes, de stand-up, d’impro, de sketchs et de personnages tout en démontrant que, peu importe que l’on soit comédien, facteur ou comptable, nos vies se ressemblent bien plus que l’on a tendance à le croire…

 

“EMMANUEL”

À Hyères le 24 mai 2017

 


« Il y a un côté vertigineux dans cet exercice, tu te jettes un peu dans le vide chaque soir… »


 

Morgane Las Dit Peisson : Tu as lancé ton nouveau one man, Emmanuel, à Antibes en mars…

Manu Payet : Oui et ça a été super, vraiment, dès les premières dates, de retrouver la scène et surtout le public ! Je ne m’imaginais pas aussi “attendu” et ça continue à me surprendre chaque soir, dès que la lumière s’éteint et que le rideau s’ouvre…

Ça fait réellement chaud au coeur de s’apercevoir que des gens connaissent le premier spectacle parfois encore mieux que moi ! (rires) C’est très troublant mais surtout hyper flatteur…

La 1ère fois, le public peut venir “par erreur” mais quand il récidive, c’est uniquement par choix…

Exactement, quand tu fais ton premier one man, c’est un spectacle où tu te présentes car le public ne te connaît pour ainsi dire pas… Il n’y a pas d’attente particulière – si ce n’est celle de rire – et tu es alors dans une démarche de séduction. Quand tu reviens avec un nouveau chapitre, là, par contre, tout est différent ! Les gens savent qui tu es, connaissent ton travail, ont envie de le voir et du coup, ça te donne encore plus envie de tout donner !

Tu angoissais à l’idée de présenter Emmanuel à un public qui avait justement une attente ?

Énormément et en même temps, je crevais d’envie de lui montrer ! Désormais, je suis soulagé car je crois vraiment que c’est un spectacle honnête, dans lequel je me sens bien, qui montre comment j’ai “grandi” et surtout comment ma vision de la vie a évolué. C’était important pour moi de livrer tout ça aux gens qui me soutiennent… C’est gai, c’est simple, c’est cool et ça me fait rire aussi ! C’est mon expérience, ma vie, mon intimité mais en réalité, je crois que ça parle à tout le monde…

On réalise que tous les gens dans la salle sont là pour nous ?

On le comprend, on le sait mais sincèrement, il ne faut pas trop le réaliser et y penser car sinon, on attrape vite la grosse tête quand même ! (rires) Il y a un côté vertigineux dans cet exercice, tu te jettes un peu dans le vide chaque soir… C’est toujours nouveau car tu dois constamment repartir à la conquête d’un public qui n’est jamais le même au fil des représentations. C’est très grisant de savoir qu’il a fait le déplacement pour mon spectacle mais ça l’est encore plus quand je l’entends rire… Il faut qu’il soit conquis, qu’il soit content, qu’il soit heureux, il faut qu’on ait réellement partagé un truc tous ensemble, un peu comme une soirée entre potes !

C’est d’ailleurs un peu comme ça que le spectacle est construit…

Tout à fait ! Avec Emmanuel, c’est comme si j’avais invité chez moi tous les gens présents pour un grand dîner et que je me levais de table pour leur raconter des trucs. C’est vraiment l’idée ! Alors chaque soir est unique car il n’appartient qu’à ceux qui sont là…

Le titre Emmanuel et ta pose suggestive dans le fauteuil en osier sont le signe d’une mise à nu…

Oui mais uniquement au sens figuré ! (rires) Et puis je voulais une affiche qui soit un peu drôle mais jolie aussi tout en étant différente de toutes celles que l’on voit des humoristes en costard-cravate… Du coup, avec mon ami Joachim Roncin, on est parti sur cette idée de clin d’oeil à mon prénom et à la fameuse série éponyme… (rires)

À 40 ans, on ose plus être soi ?

Je pense que oui, il faut bien qu’il y ait un avantage à prendre de l’âge ! (rires) Cette affiche, par exemple, je n’aurais jamais osé la faire avant ! Et sur scène, c’est un peu pareil… Je me sens plus sûr de moi grâce à l’expérience et ça me permet de me livrer et de me raconter sans filtre. Je n’avais pas envie d’inventer un mec différent alors celui qui est sur les planches, c’est vraiment moi. Je suis en phase avec ce que je suis aujourd’hui, je suis à peu près d’accord avec ce que je suis devenu (rires) et c’est parce que je ne triche pas, que ça me plait autant d’être là chaque soir.

Face à la scène, le cinéma apparaît un peu plus “reposant” ?

Quand on a qu’un rôle d’acteur, oui car on n’a pas tout le poids sur ses épaules comme c’est le cas avec un one man… Par contre, quand tu portes un film à bout de bras, c’est tout aussi prenant. L’écriture peut s’étaler sur trois ou quatre ans, tu le tournes pendant huit semaines, tu le montes pendant huit mois… Un peu comme un spectacle finalement, ça t’habite pendant des années ! Ce qui est le plus rageant dans tout ça, c’est que quand ton film sort, en une journée, tu connais la tendance, qu’elle soit bonne ou mauvaise et contrairement à un art vivant, tu ne peux pas te rattraper le lendemain. Le cinéma peut être très cruel moralement…

© Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson • Photo Bestimage

Interview parue dans Le Mensuel de mai 2017 n°381 éditions #1 et #2

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