INTERVIEW

Claudia Tagbo en interview

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Face à la morosité ambiante qui plane au-dessus de nos têtes en permanence, Claudia Tagbo a eu le courage d’admettre qu’elle était Lucky… Chanceuse d’être en vie, de faire le métier qui la passionne et d’être aimée, l’humoriste a surtout décidé une bonne fois pour toutes de voir le verre à moitié plein même quand la vie ne ressemble pas spécialement à un conte de fées. Armée d’un sourire pulpeux, d’un rire profond et d’une bonne humeur qu’elle cutlive consciencieusement au quotidien, la comédienne est la preuve vivante qu’on ne peut être heureux que si l’on s’y autorise…   

 

Claudia Tagbo dans « Lucky » à Draguignan le 30 octobre • aux Royal’s du Rire de Mandelieu le 03 novembre • à Marseille le 29 mars

 


« Je suis une militante de la bonne humeur ! »


 

Morgane Las Dit Peisson : Il paraît que vous courez chaque matin…

Claudia Tagbo : Pour moi, il faut être libre de son corps… La scène est vraiment un endroit où tout se voit, où l’on ne peut pas tricher alors il faut être dans de bonnes dispositions physiques pour pouvoir être en pleine rencontre de l’autre sans devoir se restreindre à cause d’une fatigue, d’une douleur ou d’un manque d’endurance… Alors je me dépense régulièrement et quand j’arrive sur scène, mon corps est prêt à être utilisé ! (rires) Je me dois d’être à la hauteur des attentes et de l’énergie du public donc pour y parvenir, il n’y a pas cinquante solutions, il faut bosser, être en forme, maîtriser son texte, lâcher prise et être à l’écoute de la salle mais aussi de soi-même pour redécouvrir à chaque représentation ses propres mots…

Jouer sur scène c’est assumer son âme d’enfant…

Exactement et il n’y a pas d’âge finalement pour être un enfant… Il suffit de voir l’oeil pétillant de Michel Boujenah quand il sort de scène ou les allures de gamine de Chantal Ladesou quand elle arpente les planches dans sa petite robe ! Les gens pensent qu’on joue à être différent quand on est comédien alors qu’en réalité, on s’autorise à être nous-mêmes… Certains jouent plus à être quelqu’un d’autre dans la vraie vie que nous quand on peaufine un personnage car la société nous a inculqué qu’en devenant adulte, il n’y avait plus de place pour le jeu et la folie… Je pense que malheureusement beaucoup de personnes se briment pour correspondre à des codes imposés alors que rien n’interdit, par exemple, à un notaire ou à un comptable d’être fun ! (rires) On n’a qu’une vie et elle passera vite, alors autant la vivre sincèrement !

Lucky, un spectacle intime…

Je crois que l’humour est de toute façon de l’ordre de l’intime car c’est un partage, une communion… D’ailleurs, je suis peut-être un peu trop utopiste mais je reste persuadée que si l’on peut rire ensemble, c’est que l’on peut vivre ensemble. Si on va sur scène, c’est que l’on est prêt à assumer ses différences donc quelque part, on est aussi enclin à accepter celles des autres et c’est également valable pour les gens qui ont l’ouverture d’esprit et la curiosité de venir s’asseoir dans une salle… Dans Lucky par exemple je dis que je suis une femme ronde et alors ? Je n’en suis pas morte et je n’en suis pas moins belle aux yeux de certains ! (rires) Ça demande bien sûr un travail sur soi mais il faut apprendre à s’aimer et à s’accepter si on souhaite que les autres en face autant ! 

Il faut apprendre à jouer de ses complexes…

On ne va pas se mentir, on en a tous ! (rires) Trop petit, trop gros, pas assez ci ou pas assez ça… Mais faut-il s’autoflageller tout au long de sa courte existence parce qu’on n’est pas en tout point identique à une photo de magazine ? Et puis, c’est tellement subjectif ! Ici, je suis ronde mais il y a un continent où, quand j’arrive, je suis tellement Kate Moss… (rires) Il faut rire de ce qu’on estime être des travers, se prendre moins la tête et j’espère que mon spectacle encourage les gens à s’aimer un peu plus eux-mêmes…

Le bonheur ne tombe pas du ciel, il s’apprivoise…

C’est mon leitmotiv, je suis une militante de la bonne humeur ! C’est tellement plus facile, dans notre société, d’être en colère et frustré que de devenir l’artisan de son propre bonheur… Décider d’être heureux ou en tous cas, décider d’essayer de l’être ne signifie pas s’enfermer dans un monde de Bisounours, c’est au contraire oeuvrer sans cesse pour s’obliger à voir le meilleur côté des choses et ça demande une énergie incroyable ! Entre les fins de mois difficiles, la solitude, la déception ou les mauvaises nouvelles du monde que l’on reçoit toute la journée, il est très facile de se replier sur soi, d’être hargneux et en colère car ainsi on s’assure, d’une certaine manière, de ne rien avoir à perdre de plus…

Cette envie de partager un peu de bonheur avec les gens vous a conduite à participer à la Dream company

J’ai adoré participer à cette émission qu’Arthur a créée et qui m’a conduite à réaliser le rêve de deux petites filles qui souhaitaient offrir un beau voyage à leurs grands-parents qui les élèvent depuis la disparition de leur maman… C’est impossible de rester de marbre face à ça et le seul regret que je pourrais avoir, c’est de ne pas être en mesure de faire ça chaque jour ! C’était un vrai moment de partage, un peu hors du temps… C’était très émouvant…

Preuve qu’un artiste n’est pas perché en haut de sa tour d’ivoire…

(rires) Exactement ! Bien sûr on doit faire rêver un peu, ça fait partie du métier mais il faut réellement que les gens se sortent de l’esprit que l’on n’est pas comme tout le monde ! Je fais mes courses au Lidl et je prends le métro quand ma limousine est en panne ! (rires) Le jour où un artiste, en particulier un humoriste, se pense supérieur aux gens à qui il s’adresse, c’est qu’il doit changer de voie ! Il est impossible de dépeindre des travers, de décortiquer des comportements et de toucher les gens si on ne vit pas avec eux et comme eux… Un artiste, quel qu’il soit, n’est pas au-dessus de la mêlée, il est le reflet de la société dans laquelle il évolue… 

© Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson à l’Hôtel Cristal de Cannes pour le festival Performance d’Acteur • Photos droits réservés


Interview parue dans les éditions n°396 #1, #2 et #3 du mois d’octobre 2018

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