INTERVIEW

Alil Vardar en interview

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Acteur, auteur et metteur en scène devenu célèbre en 2004 grâce au succès de sa première pièce Le clan des divorcées, Alil Vardar a démontré, au fil des années, que s’il avait autant touché les spectateurs, ce n’était pas le fruit du hasard. Intrigué par la relation amoureuse qui lie deux êtres que tout oppose, l’auteur s’amuse à décortiquer et analyser ce qui anime les hommes et les femmes depuis la nuit des temps ! Et c’est seul en scène, pour la première fois, que le père de 10 ans de mariage et Familles recomposées a décidé d’explorer la vie à deux dans un one man intitulé Comment garder son mec, qui, au vu de son titre, devrait peut-être sauver quelques couples chez qui la communication ne passe pas toujours parfaitement…

 

« COMMENT GARDER SON MEC »

À Nice les vendredis et samedis du 09 juin au 01 juillet 2017

« ABRACADABRUNCH » 

À Mandelieu au festival Les Nuits de Robinson le 03 août 2017

 


« Je crois que si vous allez bien vous ne montez pas sur scène… »


 

Morgane Las Dit Peisson : On vous connaît comme comédien et auteur mais vous possédez aussi des théâtres…

Alil Vardar : J’ai commencé quand je n’étais qu’un gamin. Au fil du temps, avec mon frère Hazis dont je suis très proche, on en a eu marre de ne pas être libres de jouer nos spectacles quand on voulait alors on s’est dit qu’il nous fallait une salle bien à nous. C’était il y a 20 ans, mon frère était à la régie et moi, je jouais… Depuis que le succès est arrivé, on a racheté plusieurs établissements qui sont gérés par mon frère – c’est plus sûr ! (rires) – et moi, je m’occupe toujours de faire le clown sur scène ! (rires)

Un succès qui est arrivé avec Le clan des divorcées

Sur scène, ça a cartonné mais cette pièce a été un gros frein dans ma vie privée, j’ai vécu l’enfer avec les femmes en perdant toute ma crédibilité ! (rires) J’ai incarné une femme pendant huit ans alors quand dans la rue, on a commencé à m’appeler Brigitte, je me suis dit qu’il était temps que j’arrête, ne serait-ce que par pitié pour mes enfants ! (rires) Le destin de cette pièce est aussi inimaginable qu’incroyable, j’ai encore du mal à réaliser qu’elle se joue toujours sur Paris et que des troupes tournent aux Etats-Unis, en Italie, en Espagne ou en Equateur…

Pourquoi avoir voulu qu’une des femmes soit jouée par un homme ?

Dans cette pièce, j’ai imaginé  l’une des trois femmes avec un physique disgracieux mais si j’avais casté une femme pour qu’on rit de son physique, ça n’aurait jamais pris, les femmes dans la salle auraient été mal à l’aise… Tandis que quand c’est un mec qui joue cette femme moche, on peut en rire sans complexe puisqu’elle n’existe pas réellement. Pour pouvoir se moquer d’un physique, il ne faut pas que ce soit vrai, il faut installer un filtre. 

Il y a eu ensuite 10 ans de mariage et Familles recomposées

J’aime parler de la vie de couple et c’est vrai que c’est un peu devenu ma spécialité ! (rires) Vous, moi et tous les gens qui voient un de ces spectacles sommes tous concernés, c’est d’ailleurs peut-être pour ça que cette thématique m’attire autant… Le couple est une invention très particulière, surtout la notion de mariage… Vous êtes ensemble, on vous « condamne » à le rester jusqu’à la mort et advienne que pourra ! (rires) C’est difficile car on vieillit, la vie nous change et malgré tout, il faut que ça aille sauf qu’en réalité, ça ne va pas toujours bien et notre boulot à nous, comiques, c’est de suivre le conseil de Musset « Dépêchons nous d’en rire avant d’en pleurer » pour rendre drôles des situations parfois dramatiques. J’essaie toujours d’être dans le positif car j’aurai tout le temps d’être aigri quand je serai six pieds sous terre ! (rires)

Et avec un peu de chance, le positivisme sera contagieux…

Oui, ça parait con comme ça mais je suis persuadé que le mec qui sourit va susciter un sourire, les Asiatiques l’ont très bien compris. Nous en Europe on a inventé l’antidépresseur ! (rires) Et puis je crois qu’il faut se respecter les uns les autres et admettre les différences de chacun sans chercher le conflit continuellement. J’ai trouvé les élections attroces à cause de ça car moi je pars du principe que chacun a son opinion et quelque part, a raison. Quand je ne suis vraiment pas d’accord avec quelq’un, je ne m’évertue pas à essayer de le changer, je regarde juste dans une autre direction… Il serait temps qu’on lâche un peu prise et qu’on devienne plus tolérant !

Désormais vous êtes seul sur scène dans Comment garder son mec

Le one man show est un monde à part ! Il faut avoir un certain état d’esprit et une confiance en soi pour se lancer… J’ai commencé ce spectacle à 46 ans mais je crois que je n’aurais pas pu le faire à 45 ! (rires) Il marche bien, je m’amuse beaucoup avec mais sincèrement, ça a été un travail de fou ! Il faut quand même une certaine prétention pour se dire qu’on va parler de soi pendant 90 minutes et que les gens vont nous écouter… Plus ça va, plus je m’aperçois qu’il faut avoir un sérieux problème pour faire ça… En fait, je crois que si vous allez bien vous ne montez pas sur scène…

C’est un spectacle qui donne des conseils aux femmes ?

Dans Comment garder son mec j’essaie d’apporter aux femmes quelques éclairages sur les hommes en leur livrant certaines de mes expériences. J’ai quelques conseils qui ne sont – enfin je crois – pas mauvais… J’ai trouvé cet axe intéressant car les hommes, en général, ne s’expriment pas trop sur le sujet. Je le vois bien même avec mes potes, on parle peu des problèmes de couple et des vrais sujets de fond, c’est un peu tabou… C’est idiot parce qu’on a tous, évidemment, des sentiments…

© Propos recueillis par Morgane Las Dit Peisson • Photo Lionel Roy

Interview parue dans Le Mensuel de juin 2017 n°382 éditions #1 et #2

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